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Rail Passion Hors Séries n°18

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30 ans Grande Vitesse en France et en Europe JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 3 Photo de couverture: La rame TGV POS V 150, détentrice du record du monde de vitesse sur rails du 3 avril 2007, sur la LGV Est-européenne. (Photo: Christophe Recoura/Phototrail.) E E n septembre 1981, la France est le deuxième pays du monde, juste après le Japon, à mettre en service commercial des trains à grande vitesse circulant sur une infrastructure dédiée. Intégralement imaginé et développé par la SNCF, avec le concours du constructeur Alstom et de quelques autres industriels français, le modèle du TGV allait aussitôt faire figure de référence mondiale. Cette année, l’on fête le 30 anniversaire d’une mise en service à jamais inscrite dans l’histoire. Excellente occasion d’évaluer le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir… E E ntre l’apparition, en 1978, de la première rame de présérie du TGV Sud-Est dite alors « PSE », qui s’appuyait sur des technologies élaborées au début des années 70, et celle du nouvel AGV développé par Alstom, un quart de siècle s’est écoulé. Le TGV PSE, d’une capacité d’environ 370 places, avait été originellement dimensionné pour circuler à la vitesse maximale de 260 km/h en service commercial, même s’il roule désormais tous les jours à 300 km/h sans difficulté aucune. De même longueur que lui mais plus léger, l’AGV emportera bientôt 450 voyageurs à 360 km/h. C’est dire si, en une trentaine d’années, les ingénieurs ont su faire considérablement évoluer cette science nouvelle des grandes vitesses ferroviaires… S S ’il s’était agi de proposer un train capable de rouler à 360 km/h en service commercial mais construit à partir des technologies mises en œuvre sur le PSE, l’augmentation de la consommation d’électricité et celle du coût de maintenance rapporté à la place offerte auraient été dissuasives. Mais, fort heureusement, il n’en est rien: le 3 avril 2007, la facture d’électricité correspondant au record mondial de vitesse sur rail à 574,8 km/h s’est élevée à… un euro par voyageur transporté! À 260 km/h, en 1981, la consommation énergétique à la place avait été évaluée à celle d’un Solex… À À l’origine, les parcours annuels des rames TGV-PSE s’établissaient à 350000km. Aujourd’hui, ceux des Duplex oscillent autour de 500000km. Par la simple augmentation des parcours annuels, le coût de maintenance au kilomètre s’est vu déjà sensiblement réduit. Des progrès ont été accomplis, qui réduisent les phénomènes d’usure sur les moteurs de traction, les roulements, ou encore les disques et garnitures de frein. Entre les générations TGV PSE et AGV, il a été possible de gagner 10 dB(A) sur le bruit de roulement à une vitesse de 300 km/h. Celui-ci augmente comme le cube de la vitesse, mais le délicat bruit aérodynamique, lui, varie avec la puissance 6 ou 7, et devient donc, de très loin, prépondérant. Les courbes représentatives de ces deux bruits se croisent dans la plage des 250 km/h à 300 km/h. Voilà pourquoi un train à sustentation magnétique n’est nullement moins bruyant qu’un train conventionnel avec roues d’acier sur rails d’acier. Exit les solutions faussement futuristes… C C ontrairement à ce qu’on a pu entendre récemment, le Duplex ne fatigue pas davantage la voie qu’un TGV à un seul niveau. Grâce à une véritable « chasse aux kilos » pour alléger ce matériel au stade même de son développement (avec planchers « nid-d’abeilles », caisses aluminium, armatures de sièges en magnésium, essieux forés, ou encore isolations à base de matériaux composites…), aucun de ses essieux ne dépasse les 17 t, ceux des deux bogies porteurs en extrémité de tronçon étant d’ailleurs, comme de coutume, encore moins chargés. Le Duplex ne saurait donc s’avérer plus agressif pour la voie qu’un TGV à un seul niveau. O O n le sait, l’architecture articulée, propre au TGV, est pleine de vertus. Elle minore la résistance à l’avancement provenant du roulement et celle liée à l’aérodynamisme, diminuant la dépense énergétique alors que la puissance à installer à bord varie comme le cube de la vitesse. Elle offre aussi une meilleure sécurité en cas de déraillement. Mais un de ses avantages majeurs est son « grand » bogie. Avec un empattement de 3 m, celui-ci va moins abîmer la voie que les bogies d’empattement 2,50 m, plus prompts à manifester de l’instabilité. En outre, le bogie à empattement court subit davantage de contraintes mécaniques, ce qui n’est bon ni pour la voie ni pour les essieux. La rame articulée qui, de surcroît, compte moins de bogies qu’une rame conventionnelle d’égale longueur, doit donc, à l’évidence, moins fatiguer la voie si, d’aventure, l’on décidait, un jour, d’augmenter encore les vitesses. Les 360 km/h à l’intérieur de nos frontières ne seraient-ils pas le prix à payer pour préserver à l’exportation l’excellence ferroviaire de la « Maison France »? Philippe Hérissé Éditorial 30 ans de grande vitesse DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Vincent Lalu. DIRECTRICE ADMINISTRATIVE ET FINANCIÈRE Michèle Marcaillou. PRÉSIDENT DU COMITÉ ÉDITORIAL Philippe Hérissé. RÉDACTEUR EN CHEF Olivier Bertrand. DIRECTION ARTISTIQUE ET MISE EN PAGES Amarena INFOGRAPHIE Vincent Morell. PRINCIPAUX COLLABORATEURS Sylvain Assez, Marc Carémantrant, Laurent Charlier, Régis Chessum, Bernard Collardey, Sylviane Frot, Nello Giambi, André Grouillet, Jean-Pascal Hanss, Guy Landgraf,Marie-Laure Le Fessant, Sylvain Lucas, Sylvain Meillasson, Jacky Quatorze, Romain Viellard. PUBLICITÉ Kiraouane Belhadri (0149 70 12 33). VENTE AU NUMÉRO Françoise Bézannier (0149701256). PETITES ANNONCES Alice Demizieux (01 49 70 12 27), Frédéric Dupont (01 49 70 12 08). DIRECTRICE DE LA DIFFUSION Victoria Irizar (0149701248). INFORMATIQUE ET PRODUCTION Robin Loison (responsable); Ali Dahmani (informatique); Simon Raby (prépresse); Pascal Riffaud (Internet & vidéo). IMPRESSION Imprimerie SIEP 77037 Bois-le-Roi. RAS Imprimeur 95400 Villiers-le-Bel. Rail Passion est une publication des Éditions La Vie du Rail, Société anonyme au capital de 2043200euros. PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION Vincent Lalu. PRÉSIDENT D’HONNEUR Pierre Lubek. PRINCIPAUX ACTIONNAIRES SNCF, Le Monde, Ouest-France, France Rail, VLA. Durée de la société: 99 ans. RCS Paris B334 130 127. Numéro de commission paritaire: 0111 K 87427, dépôt légal à parution, ISSN 1261-3665. Siège: 11, rue de Milan, 75440 Paris Cedex 09. Tél.: 0149701200. Fax: 0148743798. Les grandes dates de la grande vitesse en France RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 6 La LN 1 (Paris-Sud-Est) • 6/3/74: décision de construction par le président Georges Pompidou • 24/3/76: déclaration d’utilité publique (DUP) et urgente du projet concernant 175 communes, six départements, 409 km, 2400ha, deux gares nouvelles • 7/12/76: démarrage des travaux à Écuisses (71) • Été 1979: début pose de la voie • 1/9/80: première circulation d’un TGV • 27/9/81: démarrage de l’exploitation commerciale du tronçon Vergigny - Sathonay (Paris - Lyon en 2 heures 40) • 2/9/82: passage de la vitesse maximale de 260 à 270km/h • 31/5/83: première circulation d’un TGV sur le tronçon nord Lieusaint - Vergigny • 25/9/83: mise en service commercial de l’ensemble de la ligne à grande vitesse (LGV) Sud-Est (Paris - Lyon en 2 heures) • 10/6/01: passage de la vitesse maximale de 270 à 300 km/h sur 70 % du parcours Paris - Lyon La LN 2 (Atlantique) • 22/9/81: en inaugurant la LN 1, le président François Mitterrand demande à la SNCF de préparer la LGV Atlantique • 15/2/85: lancement des travaux à Boinville-le-Gaillard • 5/6/85: DUP avec 288km, une gare • 1/7/87: pose du premier rail • 15/3/89: circulation du premier TGV A • 24/9/89: mise en service commercial de la branche ouest Paris - Le Mans • 30/9/90: mise en service commercial de la branche sud-ouest Courtalain - Tours La LN 3 (Nord) • 29/7/87: officialisation de la construction du tunnel sous la Manche par le traité de Canterbury • 29/9/89: DUP avec 346km, une gare • 9/91: pose du premier rail • 9/92: circulation du premier TGV A • 23/5/93: mise en service commercial entre Gonesse et Arras (Paris - Lille en 1 heure 20) • 26/9/93: mise en service commercial de Paris à Lille (en 1 heure) • 23/01/94: ouverture des gares de Lille-Europe, Calais-Fréthun et Haute-Picardie • 6/5/94: inauguration du tunnel sous la Manche par la reine d’Angleterre Elisabeth II et le président François Mitterrand • 14/11/94: mise en service d’Eurostar (Paris - Londres en 3 heures) La LN 3 interconnexion en Île-de-France • 9/12/87: décision de la construire • 1/6/90: DUP avec 104km et deux gares • 28/5/94: mise en service commercial de la branche nord (Lille - Lyon en 3 heures) Chronologie PAR MARC CARÉMANTRANT P. Mancini RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 France PAR BERNARD COLLARDEY Trois décennies de grande vitesse en France En 2011, on célébrera tout à la fois les 30 ans des débuts de la LGV Sud-Est, première du nom dans l’Hexagone, les 10 ans de l’ouverture de la LGV Méditerranée, et l’on inaugurera, dans la foulée, la première tranche de la LGV Rhin - Rhône. Une année idéale, donc, pour faire le point sur ces nouvelles infrastructures et matériels qui ont révolutionné la façon de voyager en train dans notre pays. Et, au-delà de ce bilan d’étape, pour évoquer les nouvelles lignes en cours de construction ou en projet. L. Maris RAIL PASSION HORS-SÉRIE Sommaire Les grandes dates de la grande vitesse en France. Trois décennies de grande vitesse en France. RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 ne LGV coûte entre 16 et 20 millions du kilomètre construit. Jusqu’au TGV Méditerranée (LN 5), la SNCF a financé seule à 100 % la construction des LGV. Seul bé- mol, pour LN 5 justement, l’État a apporté 10 %. Lors de sa création en 1997, RFF lance le portage des pro- jets à plusieurs, notamment des collectivités territoriales. C’est le cas de la LGV EE (22 financeurs) et de la LGV RR (25 financeurs). Héritier de la dette de la SNCF (28 mil- liards d’euros), RFF ne peut pas financer l’intégralité de ces projets. En effet, de par la loi, la part de financement de RFF ne peut être qu’à la hauteur des péages que RFF en- caissera pendant la durée de l’amortissement. Pour la se- conde phase de la LGV EE, dont le coût est de 2 milliards d’euros pour 106 km, il y a 20 financeurs, dont RFF pour 532 millions. Sur ces trois projets, les collectivités auront financé 73 % du montant total, le reste provenant de l’État, RFF, l’Union européenne ou les pays étrangers (Suisse, Luxembourg). On a construit six lignes en 30 ans, soit 1 850 km, pour 40 milliards d’euros. Pour les cinq lignes lancées, soit 800 km, il faut compter 17 milliards en 10 ans. Pour les 15 à 20 autres projets du Grenelle, c’est 100 milliards d’euros sur 11 ans. Compte tenu de l’état des finances publiques, le finan- cement devient la question essentielle. Le recours au partenariat public-privé (PPP) permet de débloquer la situation. Pour Tours - Bordeaux, la conces- sion est faite à un groupement Vinci, Axa, Caisse des dé- pôts. Vinci effectuera donc la construction, l’entretien et l’exploitation pendant 50 ans. Les péages versés par les en- treprises ferroviaires pour faire rouler leurs trains sur la LGV Tours - Bordeaux seront perçus par Vinci, même si la gestion des sillons reste au sein de RFF. La gestion du trafic reste à la SNCF par la loi (direction de la Circulation ferro- viaire, sous contrat de RFF). Vinci assurera la maintenance de cette infrastructure sous supervision de RFF et de l’EPSF (Établissement public de sécurité ferroviaire). Avec 7,8 mil- liards d’euros, c’est la plus importante concession d’infra- structure de transport en Europe. Vinci apporte 800 mil- lions d’euros sur fonds propres et emprunte 3 milliards. Le traité est prêt mais pas signé car… la partie publique du fi- nancement (1,5 milliard par 57 collectivités) n’est pas bou- clée ; RFF amenant 1,7 milliard et l’État 1,5 milliard. L’Aquitaine et le Limousin ont signé en mai. Poitou-Cha- rentes veut faire un prêt mais pas une subvention. La Dor- France TEXTE ET PHOTOS DE MARC CARÉMANTRANT Le casse-tête du financement des LGV Financées au départ par la SNCF, puis par RFF en collaboration avec les collectivités territoriales concernées, les LGV sont maintenant portées par des partenariats public-privé. Mais les coûts de certains projets posent le problème de la rentabilité de ces derniers et soulèvent la question de la recherche d’autres solutions, comme celle de la modernisation de lignes existantes. JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE estime que 1,4million de voyageurs sur les 20 attendus de ce TGV prendront le TER avant ou après leur parcours sur la LGV. Cette notion est déjà intégrée dans le cas des gares TGV de Champagne-Ardenne ou de Valence; ce le sera pour la «virgule» d’Avignon-TGV (certes, en rattrapage). Cinq projets de LGV sont en cours. La LGV Rhin - Rhône, 1 phase de la branche est Dénommée LN 7, d’un coût de 2,5milliards d’euros, elle se développe sur 140km dans les départements de la Côte- d’Or, du Jura, du Doubs, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort entre Villers-les-Pots, près d’Auxonne, et Petit- Croix, à l’est de Belfort. Son objectif est de relier Mulhouse à Dijon par Belfort et Besançon. Ses caractéristiques tech- niques sont les suivantes: vitesse maximale de 350km/h (320 en vitesse commerciale), rampes maximales de 35 ‰, électrification en 2 x 25 kV, TVM 430 et ERTMS, 13 grands viaducs, tunnel de Chevanne (1970m). Ce parcours com- portera deux gares: Belfort-Montbéliard-TGV, à Meroux, au croisement avec la ligne Belfort - Delle, et Besançon- Franche-Comté-TGV, raccordée en triangle pour des liaisons TER avec Besançon-Viotte. En août 2011 sera mis en service le poste de commande de la LGV et le poste d’aiguillage informatisé de la partie est de l’étoile de Dijon. Le 5 septembre, soit presque 30 ans après la LN 1, aura lieu la mise en service opérationnelle. Si on excepte le raccordement sud d’Avignon permettant de relier Nîmes à Marseille en TGV, la LGV Rhin - Rhône est la première LGV transversale de province. La mise en service interviendra le 11 décembre 2011: par cascade et combinée avec le cadencement des TER, cette LGV va entraîner des répercussions sur un tiers du réseau français. Les gains de temps iront de 25minutes à plus d’une heure 30. Cette LGV combine un axe radial Paris - Dijon - Mulhouse - Bâle - Zurich et un axe transversal Strasbourg - Lyon pouvant se prolonger à Francfort au nord- est et à Marseille - Montpellier au sud. On le voit, c’est aussi un maillon de l’Europe ferroviaire à grande vitesse. Les fréquences seront les suivantes: huit pour Besançon-TGV en 2 heures 05 depuis Paris-Lyon (2 heures 39 aujourd’hui pour huit trains), dont trois seront terminus à Besançon-Viotte plus une maintenue par Dole comme aujourd’hui; la ville de Besançon va donc bénéficier d’une desserte TGV sur deux gares; huit pour Belfort-Montbéliard-TGV en 2 heures 15 depuis Paris-Lyon (3 heures 59 par Chaumont ou 3 heures 40 par Besançon aujourd’hui); 11 pour Mulhouse en 2 heures 40 depuis Paris-Lyon (3 heures 03 par Strasbourg pour huit trains aujourd’hui); six pour Bâle en 3 heures 05 (3 heures 27 par Strasbourg aujourd’hui); six pour Zurich en 4 heures 05 depuis Paris-Lyon (4 heures 34 par Strasbourg pour quatre trains aujourd’hui) en offre Lyria. L’ouverture de cette LGV se traduit par le transfert des relations TGV vers Mulhouse, Bâle et Zurich sur la gare de Paris-Lyon et la LGV Sud-Est au lieu de Paris-Est et la LGV Est-européenne. Toutefois, Colmar restera desservi Strasbourg par deux TGV en provenance de Paris-Est. Les relations Province - Province vont, elles aussi, tirer profit de cette LGV avec six Strasbourg - Lyon en 3 heures 40 (4 heures 38 aujourd’hui), dont trois iront à Marseille (5 heures 20 contre 6 heures 35) et deux à Montpellier (5 heures 40), et un Mulhouse - Lille remplaçant l’actuel Besançon - Lille. L’un des TGV Strasbourg - Marseille se pro- longera à Francfort avec du matériel SNCF, la DB réfléchis- sant, de son côté, pour assurer un deuxième AR. Par ailleurs, cette relation Strasbourg - Lyon se fera par Dijon - Chalon- sur-Saône ou par Bourg-en-Bresse. Côté matériel, les dessertes feront appel à des TGV SE en cours de rénovation/prolongation de parcours ou des 2N2 ou POS pour les liaisons internationales. Fin 2012, avec le nouveau raccordement court de Mul- house (1100m de voie unique entre les lignes Strasbourg - Mulhouse et Mulhouse - Belfort), emprunté par deux TGV Nord - Sud (Strasbourg - Lyon en 3 heures 15), seront mises en circulation une relation Bâle - Marseille et une ou deux courses Paris - Fribourg. Un changement TGV/ICE dans cette gare permettra de rallier Marseille à Hambourg. Pour l’anecdote, il y a eu une première circulation sur les voies de la LGV RR le 30 avril: il ne s’agissait pas d’un TGV mais de l’autorail Picasso X 3886 de l’ABFC (Association des RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 éclarée d’utilité publique et urgente le 23 mars 1976, la ligne nouvelle Paris - Lyon reçoit ses premiers TGV commerciaux le 27 septembre 1981… mais uniquement sur le tronçon sud entre Saint-Florentin et Sathonay. Les TGV filent à 260km/h et relient Paris à Lyon en 2 heures 40. Un an plus tard, la vitesse maximale est relevée à 270km/h et deux ans après l’intégralité de la ligne nouvelle est ouverte depuis Lieusaint-Moissy. 30 ans plus tard, on compte cinq lignes nouvelles supplémentaires et 1847 km de lignes parcourues à très grande vitesse. Le système TGV est, incontestablement, une réussite à la française en termes d’image, sur le plan industriel et d’un point de vue économique. Son succès provient aussi de sa capacité de relier des villes de centre à centre et de pouvoir circuler sur des prolongements de lignes à grande vitesse (LGV). Les TGV parcourent 9400km de lignes au global: c’est bien l’une des forces du TGV à la française. C’est, bien sûr, la part essentielle des recettes de l’activité Voyages de la SNCF: 1,7milliard de voyageurs en 30 ans! Plus de 130millions en 2010. Le taux de remplissage est d’environ 70 %. Le TGV est pertinent pour des temps de parcours entre 1heure et 4 heures: au-delà, c’est l’avion et en deçà le TGV n’est pas rentable. Sur une liaison de 2 heures (Lyon, Poitiers, Rennes), le ferroviaire représente 85 % de part de marché. À 2heures 15/20, on trouve Londres, Bruxelles ou Strasbourg. Bordeaux, Marseille ou Montpellier à 3 heures de Paris représentent 60 % de part de marché. Au-delà de 4 heures, on atteint tout juste les 20 %. Le TGV ne peut cependant pas aller partout. Les projets récents (LGV Est) ou à venir intègrent la notion de mise en correspondance avec le transport régional (TER, tram- ways…) pour un maillage fin du territoire. Les gares nouvelles se doivent d’être dimensionnées pour cette intermodalité. Dans le cadre de la LGV Tours - Bordeaux, on France PAR MARC CARÉMANTRANT Un TGV Milan - Paris près de Vercelli dans le Piémont (7 mai 2011). En haut: pose de voie sur le raccordement ouest de la LGV Rhin - Rhône, à Auxon-Dessus (17 novembre 2009). Ci-dessus: circulation de l’X 3886, de l’ABFC, en avant- première, pour faire découvrir la LGV RR aux élus. On le voit évoluer sur le viaduc de la Savoureuse, l’ouvrage d’art le plus long (792m) parcouru par la ligne (7 mai 2011). LGV: un ambitieux programme de développement 30 ans après, l’aventure de la grande vitesse se poursuit et la toile des LGV continue de s’étendre sur le territoire national… ou parfois simplement sur le papier. Car entre toutes les lignes projetées, il faut distinguer celles dont la réalisation est en cours, celles dont les études sont bien avancées et celles dont la concrétisation n’est rien moins qu’assurée… ©RFF/Lab Services V. Torterotot P. Mancini 48 à 50 • Le casse-tête du financement des LGV. Ligne à grande vitesse, mode d’emploi. LGV: un ambitieux programme de développement. JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 5 es études préliminaires relatives à la construction de la première ligne polonaise à très grande vitesse sont en marche. Dans un premier temps, il s’agit, par exemple, d’identifier les tracés possibles sous la forme de fuseaux de 10 km de large. En mai 2011, la presse polonaise fait état de divergences de point de vue, notamment de la part des élus locaux. Alors qu’en France l’état d’esprit dans lequel s’ins- crivent les futurs projets pourrait se résumer par « pas de LGV chez moi », en Pologne chacun y va de ses arguments pour justifier une implantation de la ligne nouvelle chez soi plutôt que chez le voisin. Cette nouvelle infrastructure ap- paraît comme un vecteur de développement pour les ré- gions traversées. Les riverains souhaitent éviter « l’effet tun- nel », autrement dit regarder passer les trains sans que ceux-ci ne s’arrêtent. Le programme gouvernemental en la matière est d’ailleurs clair. La grande vitesse polonaise devra être un système de transport intégré, combinant services classiques et services rapides. L’ambition est d’accélérer un certain nombre de dessertes du territoire en faisant passer les trains par cette nouvelle infrastructure. Le concept de nœuds ferroviaire est également essentiel. Le projet de LGV s’accompagnera de l’adaptation complète des gares desser- vies en intégrant d’emblée les principes de correspondance et de multimodalité. RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 92 Europe PAR LAURENT CHARLIER La Pologne va entrer dans le club de la grande vitesse En combinant la modernisation d’une magistrale existante et la construction d’une ligne nouvelle, la Pologne va se doter, dans la décennie qui s’ouvre, d’un réseau à grande vitesse qui devrait contribuer à restructurer l’ensemble d’un système ferroviaire qui souffre actuellement d’un maillage jugé incohérent par les Polonais eux-mêmes. Un réseau qui favorisera, dans un second temps, l’insertion du pays dans l’Europe de la grande vitesse. tal de leurs lignes à grande vitesse à écartement standard devrait dépasser les 10000km à l’horizon 2020. Son incroyable progression est symbolisée par le foisonnement des futures mises en service et des projets, qui vont tendre à une métamorphose quasi totale de son réseau, jusqu’ici handicapé par l’écartement large des voies. En outre, la Renfe arrive immédiatement derrière la SNCF pour ce qui est des longs parcours sans arrêt: Madrid - Barcelone (621km), Madrid - Málaga (513km) – avec une belle vitesse moyenne de 236km/h dans le premier cas. L’Espagne devance l’Alle- magne, qui n’affiche qu’un parcours à 227km/h entre Francfort Aéroport et Sieburg (144km) en 38min. Mais d’autres réseaux ont également de nombreuses lignes nouvelles en projet, ainsi en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Autriche, en Pologne et au Portugal. Nous passerons donc en revue chaque réseau, en évo- quant comme il se doit les contraintes environnementales et celles du relief. Le réseau britannique Dès les années 80, les BR (British Railways) aménagent plusieurs de leurs grands axes pour permettre la circulation de trains intervilles à 200 km/h. Ce sont Londres - York - Newcastle - Édimbourg, Londres - Manchester et Liverpool, Londres - Reading - Swindon - Bristol, Londres - Plymouth. À l’éclatement des BR, en 1996, ces lignes sont reprises par divers exploitants privés, sous caténaire 25 kV. Sont utili- sées sur Newcastle des rames réversibles avec machine type 91, et sur Manchester et Liverpool des rames Pendolino de Virgin. Les deux dernières sont en revanche parcourues par des rames dieselsHST. Dès l’ouverture du tunnel sous la Manche, les TGV Eurostar Paris et Londres - Bruxellessont canalisés par les voies tradi- tionnelles électrifiées en 750 V par troisième rail depuis Dollands Moor jusqu’à Londres Waterloo. Une gare nouvelle à Ashford International est ouverte le 6janvier 1996. L’encom- brement de la ligne par le trafic local et le mauvais état des voies vont conduire à limiter la vitesse des TGV à 100km/h; en outre, leur régularité laisse fortement à désirer. Pour remédier à cet état de fait nuisant à leur image, ligne nouvelle, dite CTRL (Channel Tunnel Rail Link), apte à 300 km/h avec 25 kV et TVM 430, est envisagée dans le Kent sur 108km, de la sortie du tunnel à Londres. Pour des raisons budgétaires, le projet sera scindé en deux étapes. La première porte sur 70 km, avec des viaducs de 1430m à Ashford, de 1261m sur la rivière Medway, ainsi que le tun- nel de North Downs(3199m). Elle est mise en service le JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Un réseau européen en devenir Comme nous allons le voir, les lignes à grande vitesse, dési- gnées selon les réseaux LGV (en France), NBS (en Allemagne, neubaustrecke , litt. « ligne nouvelle »), HSL (en Angleterre, high speed railway ) ou LAV (en Espagne, linea de alta veloci- ), n’ont été développées pour le moment, sur le Vieux Continent, que dans les pays du secteur occidental disposant déjà d’un réseau moderne connaissant un trafic élevé. Ce sont, outre la France, l’Espagne, avec 1926km fin 2010, l’Allemagne (980km), l’Italie (867km), la Belgique (207km), les Pays-Bas (102km), la Grande-Bretagne (112km) et la Suisse (80km). Ce qui n’a pas empêché, à l’instar de la France, plusieurs de ces réseaux, comme l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, d’augmenter les vitesses limites sur les artères traditionnelles jusqu’à 200 et même 230 km/h. En ce qui concerne les pays de l’ex-bloc communiste, qui présentent des infrastructures inadaptées à la vitesse et donc nécessitant une sévère remise à niveau, le concept de la grande vitesse n’en est qu’au stade des projets. Une mention spéciale s’adresse au réseau ibérique de la Renfe, en passe de devenir l’eldorado de la vitesse; long- temps considéré comme désuet, il s’est tardivement réveillé mais a mis, depuis, les bouchées doubles. Le réseau espagnol va continuer à faire la course en tête avec la SNCF, car le to- Europe PAR BERNARD COLLARDEY Un ETR 460 franchit le viaduc de Vado, sur la ligne Milan - Naples (6 mai 2005). Panorama de la grande vitesse européenne À l’instar de la France, tous les pays d’Europe occidentale ont entrepris de se doter d’un réseau de lignes à grande vitesse dès la fin du siècle dernier. Avec une mention toute particulière pour l’Espagne, actuellement numéro1 en termes de kilométrage, devant la France, l’Allemagne et l’Italie. Ces réseaux poursuivent aujourd’hui leur expansion tandis que les projets commencent également à fleurir en Europe orientale. À l’heure où l’Europe de la grande vitesse est en train de prendre forme, un tour d’horizon s’impose… J. Quatorze A. Grouillet A. Grouillet C. Masse La rame 390.044 de Virgin Trains, à Crewe, sur un train Londres - Glasgow (25 mai 2006). Ci-dessus, à Didcot Parkway, les 43.124 et 143 en livrée «Barbie» assurent un HST à destination de Londres Paddington pour First (28 mai 2006). Ci-contre, à Charing Pluckley Bridge, une rame Eurostar assure une liaison Londres Saint Pancras - Bruxelles Midi (20 avril 2010). 92 à 98 • La Pologne va entrer dans le club de la grande vitesse. Panorama de la grande vitesse européenne. RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Remarques La date proposée dans les tableaux ne mentionne que l’année; en effet, dans ce qui est publié un peu partout, il y a souvent confusion ou impréci- sion entre la date d’inauguration, celle de la mise en service, voire celle du premier parcours… Or, les lecteurs de Rail Passion étant souvent assez pointilleux sur cette date, il semble préférable d’opter pour la prudence! La vitesse indiquée est le maximum autorisé sur la ligne, mais pas nécessairement sur toute la ligne! Les lignes « aménagées » pour la grande vitesse sont indiquées en italique; dans ce cas, il ne s’agit pas d’une LGV dédiée, avec signalisation particulière en cabine, courbes de grands rayons, entraxe supérieur, matériel adéquat…, mais d’une partie de voie classique supportant 200, 220/230 ou 250km/h. Sont répertoriées (enfin, en principe!) les lignes « aménagées » apportant une amélioration nette du service, avec ou sans matériel spécifique, et non celles (nombreuses) qui ne conduisent qu’à de simples réductions de temps et ouvertes à tous types de matériels. Seules les lignes dont la construction est proche ou a réellement démarré sont répertoriées. Ces lignes sont repérées par un point d’inter- rogation après la date de mise en service, voire par deux points de ce type si cette date est susceptible d’être retardée (Espagne, Portugal, Russie). Pour une lecture plus aisée des tableaux, les raccordements sont ignorés, mais bien décrits dans le texte de Bernard Collardey. Europe PAR ANDRÉ GROUILLET Inventaires des LGV «dédiées» et autres lignes «aménagées» parcourables à grande vitesse PK issus du site Rail 21 (F. Brisou) - LGV = ligne à grande vitesse Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Saint-Florentin - Sathonay (Lyon) Paris - Lyon Lieusaint - Saint-Florentin Paris - Lyon Châtillon - Courtalain - Connerré (Le Mans) Paris - Le Mans Courtalain - Vouvray - Monts (Tours) Paris - Bordeaux Montanay (Lyon) - Grenay (Saint-Quentin-Fallavier) Paris - Marseille Gonesse - Arras puis Croisilles (Arras) - Fretin - Paris - Lille - Londres Lille - Calais-Fréthun*** Vémars (LN 3) - Crisenoy (LN 1) Lille - Marseille Grenay (Saint-Quentin-Fallavier) - Saint-Marcel-lès-Valence Paris - Marseille Fretin - Wannehain (Frontière F/B) Paris - Bruxelles Valenton/Créteil - Solers (LN 1) Paris - Lyon St-Marcel-lès-V. - Marseille/Redessan (Nîmes) Paris - Marseille/Montpellier Vaires (Paris) - Baudrecourt Paris - Strasbourg Le Soler (Perpignan) - Perthus (Frontière F/E) Paris - Barcelone - Madrid 2011? Petit-Croix (Belfort) - Villers-les-Pots (Dijon) Mulhouse - Lyon 2017? Baudrecourt - Vendenheim (SB) Paris - Strasbourg 2017? Connerré (Le Mans) - Rennes Paris - Rennes/Brest 2017? Monts (Tours) - La Gorp (Bordeaux) Paris - Bordeaux 2017? Redessan (Nîmes) - Lattes (Montpellier) Nîmes - Montpellier * Vitesse de 260km/h à l’origine, portée à 270 en septembre 1982, puis à 300 en juin 2001. ** Dont le contournement de Tours (Vouvray - Monts), soit 17km électrifiés en 1500 V DC (220km/h). *** Utilisée en commercial seulement jusqu’à Lille en septembre 1993, en attente des installations annexes pour aller à Calais/Dunkerque (janvier 1994) puis en Grande-Bretagne (novembre 1994). **** Créteil - Solers: 29km; Valenton - Solers: 25km. ***** Environ 41km entre Avignon et Aix-en-Provence autorisés à 320km/h pour tester l’ensemble voie-matériels. La rame allemande 4680 de l’ICE 3 du Paris - Francfort, à Paris-Nord, arbore une publicité vantant les performances des ICE en Europe (13 décembre 2007). J.-C. Mons construites entre 1978 et 1985 avec leur belle livrée orange. Il y a 101 rames bicourant (1 à 98 et 100 à 102) et huit rames tricourant (110 à 117). Pour l’exploitation de la relation Paris - Lyon, les rames 33 à 38 et 100 à 102 sont uniquement aménagées en 1 classe. Notons également qu’en 1984-1985 Alsthom livrera deux rames spécialisées au transport du courrier postal et d’une demi-rame de réserve. Ces dernières se distinguent par leur livrée jaune. Au fil des années, plusieurs changements vont intervenir. Tout d’abord, dès septembre 1982, la vitesse maximale passe de 260 à 270 km/h. Deux rames sont radiées après des accidents: la 70 en 1988, puis la 46 en 2009. De 1985 à 1988, la rame 88 va servir de prototype pour la nouvelle génération de TGV Atlantique. À la fin de la période d’essais, elle est remise en version commerciale mais devient la neu- vième rame tricourant (118). En 1993, pour faire face à la nouvelle relation postale vers Cavaillon, la rame 38 est transformée en troisième rame postale. Enfin, de 1997 à 2000, la rame 101 servira de démonstrateur pendulaire. Sur le plan technique, entre 1986 et 1990, tous les bogies des remorques reçoivent une suspension pneumatique. Du côté des aménagements, l’espace bar de la R4 est agrandi dès 1986, avec perte de 15 places (toutes rames, sauf celles classe). De 1987 à 1996 interviennent le remplace- ment du tissu des sièges avec de nouveaux coloris (avec abandon du Skaï en 2 classe) et l’augmentation du nom- bre de places en vis-à-vis en R2. En 1994, 63 rames (bicou- rant mixtes et postales) reçoivent l’équipement de TVM 430 à traitement numérique pour pouvoir circuler sur le contournement sud de Lyon en direction de Valence. Toujours en 1994, d’importantes modifications sont enta- mées pour porter la vitesse maximale à 300 km/h (freinage renforcé, antienrayeurs type TGV R, rapport d’engrenages, signal d’alarme à frein inhibable). À cette occasion, une nouvelle livrée extérieure à base de bleu et de gris remplace la livrée orange – elle deviendra la livrée des rames natio- nales. Cependant, 18 rames demeureront limitées à 270 km/h avec équipement en TVM 300. Il s’agit des rames ex-1 classe (sauf la 101), des rames 60 et 61 et des rames tricourant. À partir de 1996 démarre la rénovation du parc: rénovation 1 et 42 en rénovation 2. Il s’agit essentiellement de nouveaux sièges, de nouveaux coloris, de la création d’espaces (« Club », « Famille »). En rénovation 1, les ex- rames 1 classe (sauf la 101) gardent leur diagramme initial et leur bar d’origine. De ce fait, elles ont un roulement distinct, appelé « Bourgogne-Franche-Comté ». De même, les rames tricourant ont une décoration spécifique « Ligne de Cœur ». La rénovation 2 apporte des compléments: par exemple, la remorque R3 devient 2 classe, et la numérota- tion des places est lumineuse et réversible de façon à proposer le sens de la marche lors des réservations. Cette rénovation prend fin en juillet 2001. Les rames rénovation 1 sont basées au technicentre Sud- Est européen (TSEE) de Villeneuve. Les rames rénovation 2 sont basées au technicentre du Landy. Face aux difficultés financières de l’entreprise et aux incer- titudes du modèle TGV, la SNCF a différé toute commande massive de nouveau matériel à grande vitesse alors même que la première génération dépasse les 30 ans. De ce fait, il a été décidé de prolonger le potentiel de 60 rames de 12 années supplémentaires. Une option concerne 28 autres rames. JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Ci-dessous, de haut en bas et de gauche à droite: la rame postale 951 sur le TGV Cavaillon - Paris-Gare-de-Lyon, détourné exceptionnellement pour cause de travaux par Miramas, passe non loin de Grans (29 mai 2009); un TGV SE à l’AMPSE de Villeneuve- Saint-Georges (8 septembre 1987); TGV pendulaire en gare de Montereau (8 avril 1998). RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 in 2011, avec l’ouverture de la première tranche du TGV Rhin - Rhône, la France va disposer de près de 2000km de lignes à grande vitesse. Pour assurer les dessertes corres- pondantes, la SNCF, seul exploitant national à ce jour, gérait fin avril 2011 un parc de 485 rames TGV. Fin 2011, ce parc aura augmenté de 11 unités supplémentaires, et, fin 2016, il comprendra environ 530 rames TGV. Pour être tout à fait exact, il faut y ajouter les rames Eurostar (16) et Thalys (11), gérées par nos voisins anglais, belges, allemands et néerlan- dais. Dès lors, au fil des besoins nationaux et internationaux et en fonction des évolutions technologiques, plusieurs séries de rames à grande vitesse se côtoient. Lors des longues réflexions qui devaient mener à la réali- sation de la première ligne à grande vitesse, de grands prin- cipes concernant le matériel furent retenus: rame articulée et réversible, 250 à 300 km/h, turbine à gaz, pendulation. Mais le choc pétrolier de 1974 va sonner l’abandon de la turbine à gaz au profit de l’alimentation électrique. Par ailleurs, la complexité de la mise au point de la pendulation et le choix de construire des lignes nouvelles dédiées à la grande vitesse condamneront cette option. TGV Sud-Est: le pionnier Bien que thermique, le TGV 001 permit de tester de nom- breux composants du TGV PSE: bogies, motorisation, amé- nagement intérieur, climatisation, structure de la caisse et freinage. Le TGV Sud-Est sera donc une rame indéformable de deux motrices encadrant huit voitures (trois de 1 classe, une voiture-bar et quatre de 2 classe). Chaque rame propose 375 places, dont 135 en 1 classe. Pour aller sur l’ensemble du réseau, il s’agira d’une rame bicourant 1,5 kV courant continu et 25 kV 50 Hz courant monophasé. Pour rejoindre la Suisse, certaines rames reçoivent en supplément les installations nécessaires au courant monophasé 15 kV 16 2/3 Hz. Sa vitesse maximale est fixée à 260 km/h. Pour répondre à l’affluence, ces rames sont couplables entre elles (UM 2) grâce à un attelage automatique intégral. La cabine de conduite est inspirée de celle de dernière génération type BB 22200 avec un manipulateur circulaire de traction- freinage et une boîte à leviers en dessous. Le régulateur de vitesse (vitesse imposée) est présent, ainsi que les visualisa- teurs de cab-signal, la nouveauté des lignes à grande vitesse en matière de signalisation. Chaque rame dispose de 12 mo- teurs de traction à courant continu: deux bogies bimoteurs des motrices et un bogie bimoteur de chaque remorque d’extrémité. La chaîne de traction fait appel à un hacheur en courant continu et à un pont mixte thyristors-diodes en courant monophasé. Le freinage est une combinaison du frein rhéostatique, de frein à disques sur les essieux porteurs et de frein à semelles doubles de fonte sur tous les essieux. La première rame est livrée en juillet 1978. La deuxième la rejoint en décembre. Au total, 109 rames seront France PAR MARC CARÉMANTRANT Aperçu des rames TGV qui transitent par l’établissement du Landy-Sud. Un parc de matériel adapté et évolutif Après 30 ans de grande vitesse, la SNCF se retrouve à la tête d’un parc TGV de près de 500 rames. Un parc composite, où se côtoient plusieurs générations de matériels témoignant, par-delà un incontestable air de famille, des incessantes améliorations qui leur ont été apportées tant sur le plan purement technique que sur celui de l’exploitation commerciale. R. Chessum L. Maris Photos M. Carémantrant 60 à 63 • Inventaire des LGV «dédiées» et autres lignes «aménagées» parcourables à grande vitesse. Un parc de matériel adapté et évolutif. Les grandes dates de la grande vitesse en France RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 6 La LN 1 (Paris-Sud-Est) • 6/3/74: décision de construction par le président Georges Pompidou • 24/3/76: déclaration d’utilité publique (DUP) et urgente du projet concernant 175 communes, six départements, 409 km, 2400ha, deux gares nouvelles • 7/12/76: démarrage des travaux à Écuisses (71) • Été 1979: début pose de la voie • 1/9/80: première circulation d’un TGV • 27/9/81: démarrage de l’exploitation commerciale du tronçon Vergigny - Sathonay (Paris - Lyon en 2 heures 40) • 2/9/82: passage de la vitesse maximale de 260 à 270km/h • 31/5/83: première circulation d’un TGV sur le tronçon nord Lieusaint - Vergigny • 25/9/83: mise en service commercial de l’ensemble de la ligne à grande vitesse (LGV) Sud-Est (Paris - Lyon en 2 heures) • 10/6/01: passage de la vitesse maximale de 270 à 300 km/h sur 70 % du parcours Paris - Lyon La LN 2 (Atlantique) • 22/9/81: en inaugurant la LN 1, le président François Mitterrand demande à la SNCF de préparer la LGV Atlantique • 15/2/85: lancement des travaux à Boinville-le-Gaillard • 5/6/85: DUP avec 288km, une gare • 1/7/87: pose du premier rail • 15/3/89: circulation du premier TGV A • 24/9/89: mise en service commercial de la branche ouest Paris - Le Mans • 30/9/90: mise en service commercial de la branche sud-ouest Courtalain - Tours La LN 3 (Nord) • 29/7/87: officialisation de la construction du tunnel sous la Manche par le traité de Canterbury • 29/9/89: DUP avec 346km, une gare • 9/91: pose du premier rail • 9/92: circulation du premier TGV A • 23/5/93: mise en service commercial entre Gonesse et Arras (Paris - Lille en 1 heure 20) • 26/9/93: mise en service commercial de Paris à Lille (en 1 heure) • 23/01/94: ouverture des gares de Lille-Europe, Calais-Fréthun et Haute-Picardie • 6/5/94: inauguration du tunnel sous la Manche par la reine d’Angleterre Elisabeth II et le président François Mitterrand • 14/11/94: mise en service d’Eurostar (Paris - Londres en 3 heures) La LN 3 interconnexion en Île-de-France • 9/12/87: décision de la construire • 1/6/90: DUP avec 104km et deux gares • 28/5/94: mise en service commercial de la branche nord (Lille - Lyon en 3 heures) Chronologie PAR MARC CARÉMANTRANT P. Mancini JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 7 • 25/9/94: ouverture de la gare de Roissy-Aéroport-Charles-de-Gaulle • 2/6/96: mise en service commercial de la branche ouest (Lille - Bordeaux en 5 heures 04) La LN 4 (Rhône-Alpes) • 26/10/89: DUP avec 116 km et une gare • Janvier 1992: ouverture temporaire de Satolas - Saint-Quentin- Fallavier pour desservir les JO d’Albertville • 13/12/92: mise en service commercial de Montanay à Saint-Quentin- Fallavier • 3/7/94: ouverture de la gare de Satolas (actuelle Saint-Exupéry) et mise en service commercial de Saint-Quentin-Fallavier à Saint- Marcel-lès-Valence La LN 5 (Méditerranée) • 2/6/94: DUP avec 250km et trois gares • Octobre 2000: première circulation d’un TGV R • 10/6/01: mise en service commercial La LN 6 (Est-européenne) 1 re phase • 14/5/96: DUP pour 406km • 29/1/99: signature du protocole d’accord sur financement et réalisa- tion de la 1 phase de 300km entre Vaires et Baudrecourt et études de phase de 106km entre Baudrecourt et Vendenheim • 28/1/02: lancement des travaux de génie civil • 30/5/06: première mise sous tension depuis le nouveau central sous- stations de Pagny-sur-Moselle • Décembre 2006: début des essais avec TGV • 30/1/07: l’intégralité de la ligne est sous tension • 10/6/07: inauguration et mise en service commercial (Paris - Strasbourg en 2 heures 20) La LN 7 (Rhin - Rhône) 1 re phase • 2002 : DUP • 18/12/03: feu vert du gouvernement pour la branche est entre Dijon et Mulhouse (145 km entre Villers-les-Pots et Petit-Croix, deux gares) • 3/7/06: début des travaux • Décembre 2011: mise en service commercial La LGV Perpignan - Figueras • 10/10/95: accord de Madrid pour construire et exploiter une LGV (45km) • 17/2/04: signature du contrat de concession de 50 ans • 8/7/05: pose du premier rail à Perpignan • 17/2/09: livraison de la ligne • 19/12/10: mise en service commercial (Paris Barcelone en 7 heures 20 Figueras) • 2012/2013: ouverture du tronçon Figueras - Barcelone (Paris - Barcelone en 5 heures 35) La LN 6 (Est-européenne) 2 de phase • 14/5/96: DUP pour 406km (2 phase = 106km entre Baudrecourt et Vendenheim) • Été 2010: lancement des travaux • 2016: mise en service La LGV Sud-Est-Atlantique • 18/7/06: DUP du tronçon Angoulême - Bordeaux (121km) • 12/6/09: DUP du tronçon Tours - Angoulême (181km) • 28/9/10: dévoilement du tronçon définitif • 2016: mise en service de Tours - Bordeaux • 2017: mise en service de Poitiers - Limoges (115km) • 2020: mise en service de Bordeaux - Toulouse et Bordeaux - Espagne En page de gauche, l’une des motrices du record de la rame TGV POS 4402, sur la LGV Est (7 mars 2011). Ci-contre, le TGV 613 est prêt au départ, à Paris-Gare-de-Lyon (3 octobre 1981). M. Carémantrant JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 9 La rame Réseau 611, «100 rame Duplex», sur un TGV Toulon - Paris-Gare-de-Lyon, à La Ciotat (16 juillet 2007). L. Maris • 18/5/90: 515,3km/h avec le TGV A 325 (LGV A) • 26/5/01: opération «Sardine» entre Lille et Calais avec la rame TGV R 531; 1067km en 3 heures 29min50s (record d’endurance) • 3/4/07: 574,8km/h avec le TGV POS 4402 (LGV EE) L’exploitation commerciale • Septembre 1980: rodage technique et commercial des rames TGV SE sur le Lyonnais entre Paris et Lyon par la ligne classique • 27/9/81: le TGV arrive à Lyon, Saint-Étienne, Dijon, Genève et Besançon • 23/5/82: le TGV arrive à Marseille et Montpellier • 26/9/82: le TGV arrive à Chambéry et Annecy • 25/9/83: la gare de Lyon-Part-Dieu remplace celle des Brotteaux • 22/1/84: le TGV arrive à Lausanne (première liaison internationale) • Mai 1984: le TGV arrive à Toulon • Septembre 1984: premier TGV Province - Province Lille - Lyon la Grande Ceinture • 1/10/84: exploitation commerciale du TGV postal entre Paris et Lyon • Janvier 1985: le TGV arrive à Saint-Gervais • 4/3/85: le TGV arrive à Grenoble • Mai 1986: création d’un TGV Rouen - Lyon la Grande Ceinture • 4/4/87: le TGV arrive à Nice • 31/5/87: le TGV arrive à Berne • 13/12/88: le TGV arrive à Bourg-Saint-Maurice • Mai 1988: le TGV arrive à Béziers • 24/9/89: le TGV arrive à Brest et Le Croisic • 30/9/90: le TGV arrive à Irun, Toulouse et Tarbes • 27/9/92: le TGV arrive à Quimper • 23/5/93: le TGV arrive à Valenciennes, Tourcoing, Dunkerque • 3/7/93: le TGV arrive à La Rochelle • 26/9/93: le TGV arrive à Calais • 14/11/94: Eurostar arrive à Londres • 23/1/95: Thalys arrive à Bruxelles • Mai 1996: le TGV arrive à Milan • Octobre 1996: mise en circulation du TGV Yonne Melun - Marseille conventionné par la région Bourgogne et le conseil général de l’Yonne • Septembre 1997: introduction du cadencement sur Paris - Lyon • Octobre 1997: mise en circulation du TGV Cherbourg - Lille conven- tionné par la région de Basse-Normandie • 14/12/97: Thalys arrive à Ostende, Amsterdam, Anvers, Cologne et Namur • 25/1/98: cadencement de Paris - Lille • Mai 1999: cadencement de Paris - Nantes • Mai 1999: fin de l’exploitation du TGV Cherbourg - Lille • Mai 2000: lancement des TER à grande vitesse entre Lille et Boulogne, Calais et Dunkerque • 28/5/00: exploitation du TGV tracté entre Nantes et les Sables- d’Olonne (TGV A et CC 72000) conventionné par la région des Pays de la Loire, le département de Vendée et les structures intercommunales des Sables-d’Olonne et de La Roche-sur-Yon • 1/7/00: le TGV arrive à Lannion • 28/11/03: premier milliard de voyageurs en TGV • 6/12/04: l’iDTGV arrive sur Paris - Marseille • 11/12/04: fin de la circulation des TGV tractés par CC 72000 entre Nantes et les Sables-d’Olonne • 12/12/04: création d’un TGV Strasbourg - Marseille • 8/12/05: le TGV arrive à Saint-Malo • 23/1/06: l’iDTGV arrive sur Paris - Bordeaux et Toulouse • 3/4/06: l’iDTGV arrive sur Paris - Aix-en-Provence, Saint-Raphaël, Cannes et Nice • 27/6/06: le TGV arrive à Luxembourg par la ligne classique (quatre AR) • 28/8/06: le TGV arrive à Strasbourg par la ligne classique (un AR) • Décembre 2008: le TGV arrive aux Sables-d’Olonne • 5/7/09: création d’une liaison Le Havre - Strasbourg et d’une liaison Cherbourg - Dijon • 11/12/10: fin des liaisons conventionnées Cherbourg - Dijon et Le Havre - Strasbourg • 12/12/10: création d’une relation Lille - Saint-Malo • 12/12/10: Paris Genève en 3 heures 05 par l’itinéraire de Bourg-en- Bresse et Bellegarde (ligne du haut Bugey) • 19/12/10: le TGV relie Paris à Figueras • 7/4/11: la SNCF lance la célébration des 30 ans de TGV RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 France PAR BERNARD COLLARDEY Trois décennies de grande vitesse en France En 2011, on célébrera tout à la fois les 30 ans des débuts de la LGV Sud-Est, première du nom dans l’Hexagone, les 10 ans de l’ouverture de la LGV Méditerranée, et l’on inaugurera, dans la foulée, la première tranche de la LGV Rhin - Rhône. Une année idéale, donc, pour faire le point sur ces nouvelles infrastructures et matériels qui ont révolutionné la façon de voyager en train dans notre pays. Et, au-delà de ce bilan d’étape, pour évoquer les nouvelles lignes en cours de construction ou en projet. 2011: la France reprend le leadership de la grande vitesse L’année 2011 pourra être considérée comme un cru remar- quable en matière de grande vitesse dans notre pays: la France comptait en début d’année 1821 km de lignes nou- velles. En outre, deux anniversaires vont avoir lieu: l’un pour les 30 ans de la première phase du TGV Sud-Est, l’autre pour les 10 ans duTGV Méditerranée– dans ce cadre, la SNCF a lancé une exposition itinérante symbolisant ces événements à bord d’une rame TGV spécialement aména- gée, qui desservira 15 villes entre le 15avril (Lyon) et le 14 juillet (Dijon). Enfin, un événement crucial se déroulera en décembre, avec l’ouverture de la LGV (ligne à grande vitesse) Rhin - Rhône. Cette nouvelle branche placera le kilométrage des lignes à grande vitesse juste sous la barre des 2000 km (1961 km exactement). La SNCF détiendra alors de nouveau de peu le ruban bleu devant la Renfe, qui lui avait ravi la première place fin 2010. Du coup, les rames TGV, qui transportent 100 millions de voyageurs par an dont 20 sur des courses internationales, vont augmenter une fois de plus sensiblement leur présence sur les rela- tions domestiques vers la Franche-Comté et l’Alsace, tout en améliorant les liaisons internationales vers la Suisse et l’Allemagne. Au cours des trois dernières décennies, grâce à des mises en service échelonnées de LGV, le réseau des artères à grande vitesse s’est notablement étoffé en France, permet- tant d’offrir un service très compétitif de relations entre les grandes villes, ce qui a influé négativement sur l’activité des compagnies aériennes. Dorénavant, les TGV quadrillent finement l’Hexagone, avec desserte depuis les gares pari- siennes de l’Est, du Nord et de Montparnasse, de 215 gares de province et de 50 à l’étranger (trois en Grande-Bretagne, neuf en Belgique, trois aux Pays-Bas, une au Luxembourg, 11 en Allemagne, 13 en Suisse, huit en Italie, deux en Espagne). Outre les LGV, les TGV circulent actuellement sur 5762 km de lignes conventionnelles en France. Il faudra patienter ensuite jusqu’à 2016 et 2017 pour que le réseau français à grande vitesse progresse d’un coup de quelque 700 km, avec quatre projets en cours, dont la ges- tation a pris du retard. Le remarquable et fabuleux succès du TGV tient avant tout à sa rapidité, mais aussi au fait qu’il pénètre au cœur des villes et que des correspondances soient assurées avec les TER et le réseau Transilien. Hormis la prestation hors normes de la rame 4402 qui a atteint 574,8 km/h le 3 avril 2007 sur la LGV Est, dans l’état actuel des faits, la SNCF reste le leader, à l’échelon européen, à deux titres: • pour les plus longs parcours sans arrêt assurés par des rames TGV: Paris - Aix-en-Provence (731 km), Paris - Marseille (750 km), Paris - Nîmes (686 km), Paris - Bordeaux (570 km), tout en détenant par ailleurs RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 France TROIS DÉCENNIES DE GRANDE VITESSE EN FRANCE Ci-contre : la rame TGV PSE 65, décorée à l’occasion des 30 ans du TGV. Ci-dessous : la même se dirigeant vers le technicentre de Villeneuve (7 avril 2011). Photo de la page précédente: la rame Sud-Est 67 sur le TGV n°5198 Nice - Metz est vue aux Fenestrelles, peu après Cassis (19 avril 2011). Dessin S. Lucas C. Masse JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE les meilleures moyennes commerciales intervilles: Lorraine-TGV - Champagne-Ardenne-TGV (265km/h), Paris - Marseille (250 km/h), Massy-TGV - Saint-Pierre- des-Corps (248 km/h), Paris - Avignon-TGV (242 km/h); • pour la densité de circulation sur la LN 1, avec 250 mou- vements en moyenne par jour (260 les vendredis) entre la bifur de Crisenoy et celle de Pasilly. Deux autres faits ponctuels remarquables ont hissé les TGV en haut de l’affiche. Ce sont: • l’opération « Sardine », couverte par la rame Réseau 531 le 26 mai 2001, qui a relié Calais à Marseille (1067 km) en 3 heures 29, les 1000 km ayant été parcourus en 3 heures 09 à 317,40 km/h de moyenne; • le record de distance sans arrêt réalisé par un TGV Eurostar spécial affrété par la production du film Da Vinci Code entre Londres et Cannes (1421 km), les deux villes ayant été reliées en 7 heures 25 à 191,60 km/h de moyenne. Les projets en cours (TGV Est seconde phase, SEA [Sud Europe Atlantique], Bretagne - Pays de la Loire, Nîmes - Perpignan), soutenus par le Grenelle de l’environnement, ne pourront qu’améliorer et développer le maillage existant. Notre propos vise ici à rappeler les débuts de la grande vitesse, à situer la place de la SNCF dans l’échiquier euro- péen en rappelant les caractéristiques principales des LGV en service et à venir, ainsi que celles des sections tradition- nelles aptes à 200 km/h qui les complètent. Les progrès en matière de dessertes seront à chaque fois examinés pour chaque relation radiale et transversale. Cette synthèse sera utilement complétée par un tour d’horizon sur les réseaux voisins – réalisations et projets –, qui se sont également 13 Infographie V. Morell/Rail Passion engagés (à fond pour certains, timidement pour d’autres) dans la construction de LGV. Des cartes présentent pour chaque réseau les tracés des lignes nouvelles et celles des lignes aptes à 200-230 km/h. La course à la vitesse Une fois la reconstruction de son domaine terminée, après les terribles dommages infligés par la guerre, la société nationale, qui n’offre pour le moment que des lignes aptes à 120 km/h, va prospecter le domaine des grandes vitesses. Après les essais spectaculaires obtenus en Bour- gogne à 243 km/h avec laCC 7121 en 1954, puis ceux dans les Landes à 331km/h avec lesBB 9004 et CC 7107 en 1955, la SNCF va s’orienter prudemment et à petits pas vers l’étude et la mise en pratique de vitesses allant jusqu’à 200 km/h. Il en est de même pour les réseaux européens, qui, aiguillonnés par le succès du Japon – dès 1964, ce pays met en service sa ligne nouvelle Tokaido, apte au début à 210 km/h –, ne veulent pas être en reste et se lancent eux aussi dans la compétition en adaptant leurs lignes conven- tionnelles. Si la primauté revient à la DB – dès 1965, celle-ci adopte le 200 entre Augsbourg et Munich avec ses locomotives électriques CC 103 –, la SNCF autorise à son tour en 1967 le rapide Capitole Paris - Toulouse à rouler à cette vitesse avec des BB 9200modifiées et munies du cab-signal, en Sologne entre Les Aubrais et Vierzon. Le gain de temps étant minime, le parcours beauceron Étampes - Les Aubrais est peu après également adapté pour le 200, avec utilisation de machines plus puissantes de la série CC 6500à partir de 1970. Dans la décennie suivante, la grande artère Paris - Bordeaux bénéficie à son tour d’un chapelet de relèvements de vitesse à 200 km/h, à la fois dans le val de Loire (des Au- brais à Saint-Pierre-des-Corps) et au-delà vers l’Aquitaine, moyennant la modification de la signalisation, des rectifica- tions de tracé et le renforcement de l’alimentation en énergie de traction. Ces aménagements permettent cette fois de spectaculaires gains de temps entre la capitale et l’Aqui- taine, avec cinq paires de trains dont quatre classés TEE, qui permettent une hausse de trafic remarquable. Le meilleur temps de parcours revient alors à l’ Étendard en 1976, avec 3 heures 50. Mais il ne s’agit que de trains de 1 classe à supplément, s’adressant principalement à une clientèle d’affaires et aisée. D’autres réalisations du même genre sont envisagées sur le réseau hexagonal: ainsi, sur Paris - Strasbourg, entre Vitry-le-François et Bar-le-Duc et entre Lunéville et Sarre- bourg; ou encore entre Bordeaux et Dax, entre Dijon et Chagny et dans le couloir rhodanien… Mais ces projets (sauf le dernier) ne verront pas le jour. Des années durant, la Ci-dessus, le TGV 001 stationne à Hausbergen. La rame d’essai a servi à la mise au point des pantographes des rames TGV PSE (17 mai 1981). Ci-contre, une vue de la LGV SE dans la haute tranchée de Saint-Laurent- d’Andenay, près du Creusot (juin 1991). France TROIS DÉCENNIES DE GRANDE VITESSE EN FRANCE JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE M. Lavertu B. Collardey RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Infographie V. Morell/Rail Passion 15 France TROIS DÉCENNIES DE GRANDE VITESSE EN FRANCE SNCF va donc étudier à l’aide de véhicules variés tous les paramètres du domaine de la grande vitesse (matériel, voie, signalisation, caténaires), effectuant des marches cumulées de 1762000 km à plus de 300 km/h en 11 ans. La LGV Sud-Est (LN 1): un premier succès retentissant L’infrastructure existante sur l’axe majeur Paris - Lyon – il fait un coude par Dijon et suit des cours d’eau (Seine, Yonne, Armançon, Ouche, Saône) –, dont le trafic était extrême- ment porteur mais proche de la saturation, ne pouvait être valablement améliorée, comme dans le cas de celle de l’axe Paris - Bordeaux. L’idée d’une ligne nouvelle à grande vitesse électrifiée en courant monophasé 25 kV réservée au trafic voyageurs, au tracé plus court, s’impose donc au début des années 70. Cette première application, à même de réduire de près de moitié les temps de parcours, s’entend avec des rampes maximales de 35 ‰, des courbes de 3200 m de rayon minimal, un entraxe entre voies porté de 3,57 m à 4,50 m, l’absence de passages à niveau, une signalisation en cabine et des liaisons radio sol-train. Conçues pour une vitesse maximale de 300 km/h, les rames à turbine à gaz sont vite écartées en raison des crises pétrolières. Ce qui fait pencher le choix définitif sur la traction électrique, avec des rames automotrices bicourant articulées indéformables, comportant huit voitures encadrées par deux motrices. Déclaré d’utilité publique le 23 mars 1976, le projet est mené tambour battant avec début des travaux en Saône- et-Loire en décembre suivant (voir plan et profil dans Rail Passion n° 25) . Le déroulé du parcours de 388 km entre Combs-la-Ville et Sathonay, aux portes de Lyon, traverse la Bourgogne, le Morvan, les monts du Mâconnais et la Bresse, avec deux points hauts: au Km 218,2, près de Liernais, et au col du Bois Clair (Km 320,2) aux altitudes 488 et 381. Il est assorti de deux antennes: l’une, dite Bourgogne, de la bifurcation de Pasilly à Aisy (15 km) vers Dijon; l’autre, dite JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Dessin S. Lucas S. Lucas L. Maris Le pupitre de conduite d’une rame PSE, à Paris-Nord (octobre 2005). Ci-dessus : la rame PSE 53 sur le TGV n°6886 Nice - Genève, à Aubagne (7 février 2009). Ci-contre : rame TGV PSE dans sa livrée bleu et gris. France TROIS DÉCENNIES DE GRANDE VITESSE EN FRANCE Profitant du développement du nombre de rames, desserte vers le sud de la France est enclenchée dès le ser- vice d’été 1982, avec quelques fréquences Paris - Marseille et Paris - Montpellierutilisant la ligne de la rive gauche du Rhône, en remplacement de trains classiques. Le 2 septem- bre suivant, la vitesse admise sur la LGV passe de 260 à 270 km/h, tandis qu’au service d‘hiver une relation Paris - Chambéryest proposée. La seconde partie, qui concerne les 116 km du tronçon nord de Combs à Saint-Florentin, est mise en service le 30 sep- tembre 1983, alors que 14 millions de voyageurs ont déjà été transportés. L’ouverture de la nouvelle gare moderne de Lyon-Part-Dieu, se substituant à celle des Brotteaux, permet des correspondances multiples vers tout le secteur rhônalpin. La trame des dessertes comporte alors les fréquences suivantes: 18 Paris - Lyonen 2 heures, dont deux continuent sur Saint-Étienne; sept Paris – Dijon, dont deux vont à Besançon et deux à Chalon-sur-Saône; quatre Paris - Genève, trois sur Annecy, trois sur Cham- béry, couplées jusqu’à Culoz ou Aix-les-Bains; neuf sur Marseilleet sept sur Montpellier, dégroupées pour certaines à Avignon. Dijon est désormais à 1 heure 37 de Paris, contre 2 heures 15 auparavant; Genève, seule destination interna- tionale connectée pour le moment, est relié en 3 heures 30, soit un gain de 75 min. Lesgares nouvelles du Creusot et de Mâconvoient s’arrêter chacune trois relations, qui les mettent à 1 heure 25 et 1 heure 40 de Paris, soit un gain de temps proche de 2 heures par rapport à la situation anté- rieure. En outre, une kyrielle d’autres gares situées sur les axes conventionnels bénéficient également d’une desserte directe accélérée, cas de Montbard, Dole, Beaune, Bourg- en-Bresse, Culoz, Bellegarde, Aix-les-Bains, Valence, Montélimar, Avignon et Nîmes. Dès l’hiver 1983, le concept des TGV Neige est introduit avec des relations directes de jour les week-ends, vers les stations du massif alpin. Elles relientParis à Évian-les- Bains, Modane et Chambéry,avec correspondances sur Saint-Gervais et Bourg-Saint-Maurice. Par ailleurs, l’adaptation de la ligne de rive gauche du Rhône permet aux TGV d’atteindre 200 km/h sur trois sec- tions aménagées après introduction de la préannonce, suppression des passages à niveau et reprise de la géomé- trie des voies: Km 675 (Donzère) - Km 696,4; Km 713,8 (Orange) - Km 737,8; Km 757,7 (nord de Tarascon) - Km 804,6. Cela se traduit par un gain d’une quinzaine de minutes sur Paris - Marseille et Montpellier, reliés depuis Paris en 4 heures 41 et 4 heures 44. Les événements favorisant l’essor foudroyant du TGV investissant tout le Sud-Est vont se bousculer, avec: le 22 janvier 1984, la création de quatre nouvelles liaisons entre Paris et Lausanne, assurées avec des rames tricourant; dans l’année, une course Paris - Marseille prolongée à Toulon; en outre, deux liaisons postalessont créées avec des rames dédiées entre Paris-Charolais et Lyon-Montro- chet, avec arrêt à l’entrepôt de Mâcon; en janvier 1985, la mise en marche de TGV directs l’hiver de Paris à Saint-Gervais Annecy, ultérieurement déviés Bellegarde; JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Dessin S. Lucas En haut, à gauche: un TGV Lyria reliant Paris à Lausanne franchit la gare d’Andelot-en-Montagne (18 décembre 2010); à droite: le logo le plus récent des TGV Lyria. Ci-contre : rame TGV Lyria dans sa configuration actuelle. C. Écoffey S. Lucas France TROIS DÉCENNIES DE GRANDE VITESSE EN FRANCE densification des relations vers la Provence et le Languedoc, plusieurs tronçons de la LN 1 voient leur plafond de vitesse relevé de 270 à 300 km/h dans le sens normal, avec applica- tion de la TVM (transmission voie-machine) 300, ramenant l’espacement entre deux convois de 5 à 4min, sur voie: 1 de la bifur de Crisenoy (Km 17) au Km 205, du Km 226 au Km 254, du Km 334 au Km 380 (bifur de Montanay); 2 du Km 380 au Km 336, du Km 256 au Km 228, du Km 194 au Km 17. Cela se traduit par une légère réduction des temps de trajet (ainsi, 1 heure 55 pour Paris - Lyon). À l’hiver 2003, le nombre des courses Paris - Milanpasse à trois. Deux ans plus tard, quatre relations Paris - Perpignan sont mises en route. En décembre 2006, la desserte Paris - Annecy est restructurée avec six fréquences. Comme l’ouverture de la LGV Est a lieu à l’été 2007, les TGV Paris - Zurich sont limités à Berne – l’une des deux fréquences sera supprimée à l’hiver 2009. En parallèle, deux des six fré- quences Paris - Besançon sont poussées à Belfort. En décembre 2008, la desserte du Languedoc comporte désormais deux terminus Béziers et quatre Perpignan, cinq depuis fin 2009. La LGV Atlantique (LN 2): la route du grand large Alors que les travaux sont en cours sur la LGV Sud-Est, le gouvernement demande à la SNCF, en 1977, de réfléchir à un projet d’infrastructure innervant le Grand Ouest, où les relations ferroviaires sont d’un niveau moyen, exception faite de l’axe Paris - Bordeaux, déjà bénéficiaire de portions à 200. Le trafic voyageurs entre, d’une part, la capitale et, JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Un TGV assurant un trajet Paris - Milan, arrêté en gare de Modane (29 avril 2006). Un TGV Duplex Paris- Gare-de-Lyon - Lyon- Perrache à Saint- Laurent-d’Andenay (27 juillet 2009). B. Collardey P.-H. Conte-Bourges RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 21 Succédant aux tronçons Les Aubrais - Vierzon, Paris - Bordeaux, ceux de la vallée du Rhône déjà mentionnés, la section Le Mans - Angers - Nantes (185km), mise sous tension en septembre 1983 au titre du projet Étoile d’Angers, qui offre des caractéristiques très favorables, fait l’objet d’importants travaux d’adaptation. On peut citer notamment: • la création du shunt de Noyen; • le ripage de plusieurs courbes entre Le Mans et Angers; • l’amélioration de la géométrie de la voie; • l’introduction du BAL (bloc automatique lumineux) avec interposition de la préannonce; • la suppression de passages à niveau. Ces dispositions permettent de porter la vitesse de 160 à 200 km/h de quelques trains rapides Paris - Nantes, dont le TEE Le Nantais, assurés par des locomotives BB 22200, sur les tronçons suivants (service de septembre 1984): • Km 220,4 - Km 294,2; • Km 350,3 (La Pointe-Bouchemaine) - Km 393,9 (Ancenis-Est); • Km 417,1 - Km 425,4. Elles préfigurent la circulation des futurs TGV Atlantique en direction du val de Loire, envisagée à la fin de la décennie 80. À l’hiver 1991, la section Strasbourg - Mulhouse est à son tour autorisée sur 80 % à 200 km/h pour des TER avec BB 26000, vitesse admise fin 2000 – après élimination du vieux block Alsace-Moselle – au sud de Mulhouse, de Rixheim à Saint-Louis. En concomitance avec l’électrification en 25 kV de la radiale Mantes - Caen - Cherbourg, effective au printemps 1996, trois sections à 200 km/h sont obtenues, l’une avec ripages profonds du tracé entre les Km 163 et 188,9, les deux autres entre le Km 204,7 et le Km 237, et entre Carentan (Km 313) et Valognes (Km 342). Cette vitesse profite aux trains CIC Paris - Cherbourg remorqués par des BB 26000, ainsi qu’au TGV Cherbourg - Dijon créé à l’été 2009. À compter de janvier 1998, les trains Strasbourg - Lyon assurés avec BB 26000 peuvent à leur tour rouler à cette vitesse en plaine d’Alsace; ce sera ensuite le cas du TGV Strasbourg - Marseille créé en 2004. Depuis juin 2007, les TGV Est vers Bâle et Strasbourg profitent d’un relèvement à 220 du Km 4 à Richwiller, avec chute à 200 à Colmar, la section Richwiller - Mulhouse-Dornach et celle qui va du Km 114,8 au Km 133,6 demeurant à 200. Dans l’optique du TGV Est, les 6 km du Chénay-Gagny à la bifur de Vaires sont portés en 2007 de 160 à 220 km/h sur les seules voies 1 et 2 centrales. Depuis décembre 2008, l’artère centrale du Bourbonnais comporte, entre Saincaize et Saint-Germain-des-Fossés, trois sections rendues aptes à 200 km/h après reprise du dévers des courbes, élimination de passages à niveau et adjonction de la préannonce. S’agissant des parcours compris entre les Km 267,9 et Km 283,7, Km 301,0 et Km 309,6, Km 316,3 et Km 339,4, elle a permis aux trains CIC Paris - Clermont remorqués par machine 26000 d’abaisser le temps de parcours de 419 km entre les deux villes à 2 heures 59, à 140 de moyenne. Pour la fin 2012, une nouvelle tranche de relèvement à 200 intéressera le parcours Varennes-sur-Allier - Saint-Germain- des-Fossés. Enfin, trois projets de relèvement à 200 et 220 km/h intéressant l’ouest de la France sont en cours, après renouvellement des voies, suppression des passages à niveau et adaptation de la signalisation; ils concernent: • le tronçon Niort - La Rochelle entre le Km 75 et le Km 135, parcouru par TGV vers La Rochelle, avec un écueil à Surgères; • la ligne de Bretagne Nord entre Rennes et Brest, sur sept zones éparses qui bénéficient aux TGV et aux Z TER, la première ayant été mise en service le 8 octobre dernier du Km 494 à Guingamp, avec du 210 voie 1, du 220 voie 2; • la ligne de Bretagne Sud entre Rennes et Quimper, du Km 524 au Km 554, du Km 581,7 au Km 608, section profitable également aux TGV et aux Z TER. B. C. Relèvement à 200 km/h de plusieurs tronçons conventionnels La trame TGV Paris - Bordeaux a été améliorée à plusieurs reprises. Ici, le 8526 à Saint-Denis-de-Pile, à 220km/h (14 juin 2007). B. Collardey Douai, à Arras et à TGV-Haute-Picardie (voirencadré sur les TGV « jonction », p.34) , ainsi que par les TGV Paris-Sud-Est (voir « La LGV Sud-Est [LN 1] ») Les premiers TGV Paris - Bruxelles, couverts par rame tri- courant 4500, ont seulement démarré en janvier 1995 avec rebroussement à Lille-Europe et emprunt des lignes classiques SNCF/SNCB Baisieux, Tournai et Ath. Ils sont basculés par la LGV ouverte du triangle à Fretin à Wanne- hainfrontière, puis en Belgique jusqu’au raccordement d’Antoing et Monsle 2 juin 1996, sur la base de 13 fréquences Paris - Bruxelles, dont quatre continuent sur Amsterdam, un sur Anvers et deux sur Liège. Le 14 décembre 1997, la LGV belge n° 1 est mise en service de bout en bout jusqu’à Hal, au sud de Bruxelles Midi. Dès lors, la desserte Thalys avec les TGV PBKA quadricourant et PBA tricourant comporte 18 fréquences Paris - Bruxelles en 1 heure 25, dont deux rebroussent sur Ostende, quatre relient Amsterdam en 4 heures 14, et sept rejoignentCologne RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 29 L. Gra J.-C. Mons Un Eurostar en prove- nance de Bourg-Saint- Maurice de passage à Saint-Jean-de-la-Porte (26 janvier 2008). La rame NOL («North of London») 3313/3314, semblable, aux marquages près, au matériel Eurostar (bien que plus courte), attend le départ pour Lille en gare de Paris-Nord (5 décembre 2008). en 4 heures 02. En outre, deux TGV relient Paris à Namur Mons et Charleroi. Les horaires des TGV Paris - Lille sont cadencés à compter de janvier 1998 avec 24 fréquences. À l’instigation du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, desTGV-TERsont engagés depuis 2000 dans des creux de roulement sur les relations Lille - Dunkerque, Lille - Bou- logne Calais-Fréthun, puis Lille - Arras. La trame Paris - Bruxelles, peu à peu renforcée, est portée à 28 fréquences en 2002. L’ouverture de la LGV britannique (CTRL 1) entre le tunnel et Fawkham Junction sur 70 km se traduit par une réduc- tion du temps de trajet Paris - Londres à 2 heures 35, le 28 septembre 2003. Le 14 novembre 2007, avec la mise en service de la CTRL 2, longue de 38 km et conduisant les TGV en gare londonienne de Saint Pancras, les missions Paris - Londres et les Bruxelles - Londres voient leur temps de trajet ramené à 2 heures 15 et à 1 heure 55. L’achèvement de la LGV belge n° 2, fin 2002, puis de la n° 3 et de la ligne belgo-néerlandaise n° 4 en décembre 2009, permet d’assurer les trajetsParis - Cologne en 3 heures 14 (six AR) etParis - Amsterdam(sept AR) en 3 heures 18. La spécificité du TGV Nord, c’est-à-dire la circulation de TGV-TER, connaît un large succès régional entre Lille- Europe et Dunkerque, Calais, Boulogne, Arras. Depuis décembre 2010, les liaisons avec Boulogne ont été prolongées à Rang-du-Fliers, avec arrêt à Étaplessuite à l’électrification de ce tronçon de 35 km. La LGV Rhône-Alpes (LN 4): une mise en service en trois étapes Quatrième du nombre, cette ligne nouvelle apte à 300 km/h se développe sur 116 km dans les départements du Rhône, de l’Isère et de la Drôme. Elle s’embranche sur la LN 1 au nord de Sathonay, à labifur de Montanay, et rejoint la ligneValence - Moirans à la bifur de Saint-Marcel-lès-Valence.Son profil en long est assez sévère, avec des déclivités de 35 ‰ pour descendre du plateau de la Dombeset escalader les vallonne- ments des Terres froides(bas Dauphiné), le point culminant se situant au Km 446, à la cote 453. Elle comporte plusieurs ouvrages d’art importants, cas des tunnels des Dombes (500 m), de la Côtière (291 m), de Meyssiez (1787 m), de la Galaure (2686 m), des viaducs de la Côtière (1725 m), sur les deux bras du Rhône (526 m), de Saint-Laurent-de-Mure sur la RN 6, de Savas, de Meyssiez, de l’Isère…, ainsi qu’une gare nouvelle à Satolas (rebaptisée ultérieurement Lyon-Saint- Exupéry-TGV), à l’architecture grandiose et accolée au termi- nal aéroportuaire. Un double raccordement à Grenay permet de rejoindre la ligne historique Lyon - Grenoble à Saint- Quentin-Fallavier et d’y accéder depuis Lyon Heyrieux. Pour atteindre Valence, les 9 km depuis la bifur de Saint- Marcel ont dû être mis à niveau, avec électrification en 25/1,5 kV et banalisation. Une première mise en service temporaire a eu lieu en février 1992 pour les jeux Olympiques d’Albertville, entre la gare de Satolas et Saint-Quentin, afin de permettre la circulation de trains spéciaux avec rames Corail réversibles France TROIS DÉCENNIES DE GRANDE VITESSE EN FRANCE JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE De haut en bas: la rame Réseau 4521, pelliculée pour l’occasion aux couleurs de la Coupe du monde de rugby 2007, assurant le TGV 6178 Nice - Paris-Gare-de-Lyon, lors de son passage à La Ciotat (6 juillet 2007); la gare de Satolas, sur la LN 4, a été rebaptisée Lyon-Saint-Exupéry-TGV (22 août 2008); la rame 53 (rénovation 1, V 300) arrive à Grenoble en provenance de Paris (13 décembre 2008). L. Maris B. Collardey A. Grouillet À l’inverse de l’Allemagne, où de tout temps la DB a mis en marche un canevas de trains s’entrecroisant dans tous les sens sur son réseau très maillé, la SNCF a repris les préceptes des anciennes compagnies, n’exploitant – en dehors des radiales s’épanouissant autour de la capitale, que peu de liaisons transversales souvent non réunies entre elles. C’était le cas notamment de Lille - Metz - Strasbourg - Bâle, de Reims - Dijon, de Metz - Nancy - Dijon, de Strasbourg - Lyon, de Lyon - Nantes, de Lyon - Bordeaux, de Bordeaux - Toulouse - Marseille, de Toulouse - Bayonne. Avec les TGV va s’ouvrir une ère nouvelle: des relations de province à province inédites, évitant Paris, sont mises en place. La première application, dans un but prospectif, concerne en septembre 1984 une liaison Lille - Lyon en 3 heures 50, utilisant la Grande Ceinture nord-est de Paris. Elle est suivie par une seconde course puis, en 1986, par une relation Rouen - Lyon en 4 heures Versailles, Massy-Palaiseau, et rebroussant à Valenton. L’établissement, en septembre 1991, d’un raccordement unissant la gare de Massy-TGV à la ligne de Grande Ceinture stratégique permet l’engagement de deux TGV Nantes et Rennes - Lyon, fusionnés ou dégroupés au Mans, avec rebroussement à Valenton. À l’été 1992, un TGV Tours - Lyon complète cette panoplie. Les temps de parcours de ces relations qui évitent le transit par Paris se révèlent très attractifs, avec des temps de trajet respectifs de 4 heures 42, de 4 heures 37 et de 3 heures 15. Ils s’arrêtent à Massy-TGV, au cœur de la banlieue sud, desservie par les RER B et C. Pour la saison d’hiver 1992, des TGV nocturnes sont proposés aux adeptes du ski entre Quimper, Nantes et Brest vers Bourg-Saint- Maurice, Modane et Saint-Gervais, regroupés au Mans ou à Massy en fin de semaine et au moment des vacances de février. Ce processus, qui vise à supprimer les transbordements intergares dans la capitale, est très apprécié de la clientèle. Il va connaître d’heureux et multiples prolongements, favorisés ultérieurement par la réalisation du barreau d’interconnexion des TGV à l’est de Paris. Le 26 mai 1994, celui-ci unit désormais les LGV Nord et Sud-Est. Il est emprunté par les deux TGV Lille - Lyon (dont l’un a été maintenu Arras, Longueau, Creil, la Grande Ceinture et Valenton); ceux-ci voient leur temps de parcours abaissé à 3 heures. S’ajoutent un nouveau Lille - Marseille/Montpellier et un Lille - Avignon. L’administration de La Poste, qui vient d’acquérir une troisième rame, abandonne sa plate-forme de Lyon-Montrochet, mais assure, en sus de celle de Mâcon, la desserte d’un nouveau site implanté à Cavaillon, avec deux allers-retours circulant sur les LN 1 et 4. D’autre part, le Catalan- Talgo est remplacé par un TGV Genève - Montpellier via Lyon-Part-Dieu. Enfin, au service d’été 1995, un TGV Lille - Nice est amorcé à Bruxelles. Avec l’ouverture du barreau ouest de la LGV d’interconnexion le 2 juin 1996, entre le triangle de Coubert et le nouveau raccordement de Valenton, l’apparition de nouvelles liaisons révolutionne incontestablement les déplacements à travers l’Hexagone. Les TGV issus de Rouen, de Rennes, de Nantes et de Tours et à destination de Lyon cessent de changer de front à Valenton et gagnent de 15 à 20 min. Le courant Lille - Lyon - Midi comporte maintenant six mouvements, qui transitent tous par Lyon-Part-Dieu. Sont d’autre part créées les fréquences suivantes: quatre Lille-Europe - Bordeaux (dont par la suite l’une sera origine Bruxelles), deux étant prolongées à Toulouse et à Hendaye l’été et en fin de semaine; trois Lille-Europe - Rennes, l’une étant prolongée à Quimper les fins de semaine et l’été; trois Lille-Europe - Nantes, l’une allant au Croisic en fin de semaine; une Lille - Dijon à l’hiver, poussée ensuite à Besançon. Rapidement, la fréquentation des gares nouvelles Aéroport-Charles- de-Gaulle-TGV et Marne-la-Vallée-Chessy (qui dessert le parc Disneyland Paris) est en hausse notable. En 1997, une nouvelle série de relations intervient, telles que: Bruxelles - Perpignan l’été; Nantes - Lyon et Rouen - Lyon poussées à Avignon; Cherbourg - Lille, conventionnée, mais elle disparaîtra en 1999 faute d’une occupation suffisante. De plus, un TGV Dijon - Nice, un Lyon - Toulouse, un Lille - Lyon - Toulouse, remplacent des trains Corail; en outre, un TGV Eurostar relie de jour, les week-ends d’hiver, Londres à Bourg-Saint-Maurice (il sera suivi un an plus tard d’une circulation diurne). À cette époque, on note également la mise en marche d’un troisième Lyon - Nantes, d’un TGV Rotterdam - Bourg-Saint-Maurice les samedis d’hiver, et le prolongement d’un Lille - Bordeaux à Toulouse. Ultérieurement, à l’été 2000, les samedis d’été, fonctionnera un TGV Amsterdam - Valence pour les vacanciers néerlandais et belges. La mise en service de la LN 5 Méditerranée, le 10 juin 2001, donne un nouveau coup d’accélérateur aux liaisons interconnectées, qui gagnent selon les cas de 60 à 90 min. Dans le même temps, les trains classiques s’enfoncent une fois de plus dans la spirale du déclin. La trame concernée porte sur un Lille - Nice, un Bruxelles - Nice, un Bruxelles - Marseille/Perpignan, un Bruxelles - Toulon, un Lille - Montpellier - Toulouse, trois Lille - Montpellier, deux Lille - Marseille, un Metz - Nice, un Rouen - Marseille, un Rennes - Marseille, un Nantes - Marseille, un Dijon - Toulouse (prolongé ultérieurement à Bordeaux), Les TGV « jonction »: un succès indéniable Dessin S. Lucas Ci-dessus : rame TGV postal avec sa décoration actuelle. Page de droite, en haut: la rame Réseau 4531 anciennement Thalys, assurant le TGV 9827 Bruxelles Midi - Nice, traverse la petite gare de La Ciotat (10 juillet 2007); en bas: la rame postale 952 sur le TGV 6994 Cavaillon - Paris-Gare-de-Lyon détourné par Miramas, pour cause de travaux, passe ici à Orgon (27 mai 2009). France TROIS DÉCENNIES DE GRANDE VITESSE EN FRANCE JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 39 J.-C. Mons A. Grouillet L. Maris JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 41 estime que 1,4million de voyageurs sur les 20 attendus de ce TGV prendront le TER avant ou après leur parcours sur la LGV. Cette notion est déjà intégrée dans le cas des gares TGV de Champagne-Ardenne ou de Valence; ce le sera pour la «virgule» d’Avignon-TGV (certes, en rattrapage). Cinq projets de LGV sont en cours. La LGV Rhin - Rhône, 1 re phase de la branche est Dénommée LN 7, d’un coût de 2,5milliards d’euros, elle se développe sur 140km dans les départements de la Côte- d’Or, du Jura, du Doubs, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort entre Villers-les-Pots, près d’Auxonne, et Petit- Croix, à l’est de Belfort. Son objectif est de relier Mulhouse à Dijon par Belfort et Besançon. Ses caractéristiques tech- niques sont les suivantes: vitesse maximale de 350km/h (320 en vitesse commerciale), rampes maximales de 35 ‰, électrification en 2 x 25 kV, TVM 430 et ERTMS, 13 grands viaducs, tunnel de Chevanne (1970m). Ce parcours com- portera deux gares: Belfort-Montbéliard-TGV, à Meroux, au croisement avec la ligne Belfort - Delle, et Besançon- Franche-Comté-TGV, raccordée en triangle pour des liaisons TER avec Besançon-Viotte. En août 2011 sera mis en service le poste de commande de la LGV et le poste d’aiguillage informatisé de la partie est de l’étoile de Dijon. Le 5 septembre, soit presque 30 ans après la LN 1, aura lieu la mise en service opérationnelle. Si on excepte le raccordement sud d’Avignon permettant de relier Nîmes à Marseille en TGV, la LGV Rhin - Rhône est la première LGV transversale de province. La mise en service interviendra le 11 décembre 2011: par cascade et combinée avec le cadencement des TER, cette LGV va entraîner des répercussions sur un tiers du réseau français. Les gains de temps iront de 25minutes à plus d’une heure 30. Cette LGV combine un axe radial Paris - Dijon - Mulhouse - Bâle - Zurich et un axe transversal Strasbourg - Lyon pouvant se prolonger à Francfort au nord- est et à Marseille - Montpellier au sud. On le voit, c’est aussi un maillon de l’Europe ferroviaire à grande vitesse. Les fréquences seront les suivantes: • huit pour Besançon-TGV en 2 heures 05 depuis Paris-Lyon (2 heures 39 aujourd’hui pour huit trains), dont trois seront terminus à Besançon-Viotte plus une maintenue par Dole comme aujourd’hui; la ville de Besançon va donc bénéficier d’une desserte TGV sur deux gares; • huit pour Belfort-Montbéliard-TGV en 2 heures 15 depuis Paris-Lyon (3 heures 59 par Chaumont ou 3 heures 40 par Besançon aujourd’hui); • 11 pour Mulhouse en 2 heures 40 depuis Paris-Lyon (3 heures 03 par Strasbourg pour huit trains aujourd’hui); • six pour Bâle en 3 heures 05 (3 heures 27 par Strasbourg aujourd’hui); • six pour Zurich en 4 heures 05 depuis Paris-Lyon (4 heures 34 par Strasbourg pour quatre trains aujourd’hui) en offre Lyria. L’ouverture de cette LGV se traduit par le transfert des relations TGV vers Mulhouse, Bâle et Zurich sur la gare de Paris-Lyon et la LGV Sud-Est au lieu de Paris-Est et la LGV Est-européenne. Toutefois, Colmar restera desservi Strasbourg par deux TGV en provenance de Paris-Est. Les relations Province - Province vont, elles aussi, tirer profit de cette LGV avec six Strasbourg - Lyon en 3 heures 40 (4 heures 38 aujourd’hui), dont trois iront à Marseille (5 heures 20 contre 6 heures 35) et deux à Montpellier (5 heures 40), et un Mulhouse - Lille remplaçant l’actuel Besançon - Lille. L’un des TGV Strasbourg - Marseille se pro- longera à Francfort avec du matériel SNCF, la DB réfléchis- sant, de son côté, pour assurer un deuxième AR. Par ailleurs, cette relation Strasbourg - Lyon se fera par Dijon - Chalon- sur-Saône ou par Bourg-en-Bresse. Côté matériel, les dessertes feront appel à des TGV SE en cours de rénovation/prolongation de parcours ou des 2N2 ou POS pour les liaisons internationales. Fin 2012, avec le nouveau raccordement court de Mul- house (1100m de voie unique entre les lignes Strasbourg - Mulhouse et Mulhouse - Belfort), emprunté par deux TGV Nord - Sud (Strasbourg - Lyon en 3 heures 15), seront mises en circulation une relation Bâle - Marseille et une ou deux courses Paris - Fribourg. Un changement TGV/ICE dans cette gare permettra de rallier Marseille à Hambourg. Pour l’anecdote, il y a eu une première circulation sur les voies de la LGV RR le 30 avril: il ne s’agissait pas d’un TGV mais de l’autorail Picasso X 3886 de l’ABFC (Association des En haut: pose de voie sur le raccordement ouest de la LGV Rhin - Rhône, à Auxon-Dessus (17 novembre 2009). Ci-dessus: circulation de l’X 3886, de l’ABFC, en avant- première, pour faire découvrir la LGV RR aux élus. On le voit évoluer sur le viaduc de la Savoureuse, l’ouvrage d’art le plus long (792m) parcouru par la ligne (7 mai 2011). ©RFF/Lab Services V. Torterotot RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 42 France LGV: UN AMBITIEUX PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT autorails de Bourgogne-Franche-Comté). Les élus des collectivités locales ont découvert la ligne entre Villers-les- Pots et Montbozon. Un deuxième voyage s’est déroulé, le 7 mai, entre Montbozon et Petit-Croix. La LGV Est-européenne 2 phase Conformément au montage du projet initial, la LGV Est- européenne est réalisée en deux étapes. Depuis le 10 juin 2007, la première partie de cette LGV est en service entre Vaires et Baudrecourt (300km). D’un coût de 2,01milliards d’euros, la seconde phase concerne les 106km entre Baudrecourt et Vendenheim, à l’entrée de Strasbourg. Il y a aussi 16,1km de raccordements: à Baudrecourt côté est (en provenance de Metz) et à Réding sur la voie unique de Drulingen pour venir de Nancy et Sarrebourg. Outre le tunnel de Saverne (4019m en bitube) dans le massif des Vosges du nord, ce tronçon comporte huit ouvrages impor- tants (viaducs) et 128 ouvrages courants. À Vendenheim, le raccordement se fera finalement sur la ligne de Haguenau pour un meilleur positionnement des TGV en gare de Stras- bourg et limiter les conflits de circulation avec les autres trafics (TER notamment). L’équipement sera le même que celui de la première tranche: TVM 430 et ERTMS, 320km/h. Les travaux ont démarré à l’été 2010 et la mise en service est programmée pour juin 2016. Les gains de temps seront de l’ordre de 30min: Paris - Strasbourg 1 heure 50 contre 2 heures 20 aujourd’hui; Paris - Colmar en 2 heures 20, Paris - Luxembourg en 2 heures 15. Avec les raccordements, la relation Luxem- bourg - Strasbourg se réalisera en 1 heure 25 au lieu de 2 heures 10. De même, avec le TGV, la liaison Bruxelles - Strasbourg, très prisée des instances européennes, se ferait en 3 heures 30 au lieu de 5 heures 10 avec les aménage- ments entrepris par la SNCB entre Bruxelles et Namur, entre Namur et Arlon (vitesse portée à 160, 150 ou 140km/h). Ce gain se répercutera aussi sur les liaisons internationales vers Stuttgart, Munich, Bâle ou Zurich. Pour Paris - Bâle, le temps M. Carémantrant Rhin - Rhône: les autres phases de la LGV Ce projet de LGV comprend des branches complémentaires à celle qui va être mise en service fin 2011. Il y a, tout d’abord, la seconde phase de cette branche est: de Villers-les-Pots à Genlis côté ouest (15km) et de Petit-Croix à Lutterbach (vers Bâle et Mulhouse) et à Pfastatt (vers Strasbourg) côté est (35km). Estimée à 900millions d’euros, cette seconde tranche n’est pas encore bouclée au niveau financement alors que des négociations ont démarré pour l’achat du foncier. Les travaux pourraient démarrer en 2012 pour une mise en service en 2016/2017. Il y a ensuite une branche ouest entre Genlis et Turcey (40km), petit village au nord de Blaisy-Bas, gare célèbre par son long tunnel de 4100m. Une gare nouvelle sera construite en souterrain à Dijon-Porte-Neuve. Le trajet Paris - Dijon s’effectuerait en 1 heure 20 au lieu de 1 heure 35 aujourd’hui et Paris - Besançon en 1 heure 40 au lieu de 2 heures 05. Cependant, il manquera encore un bout de LGV pour rejoindre à grande vitesse la LGV Sud-Est à Aisy-sur-Armançon (50 km environ). Ces deux branches ont été étudiées et les tracés sont connus. Enfin, il existe une branche sud, de Dole à Ambérieu. Le tracé est encore peu précis. Il reste notamment à étudier les liens au nord de Dole vers la branche est et au niveau d’Ambérieu, d’une part vers la ligne rénovée du haut Bugey et d’autre part vers Lyon, peut-être en utilisant le projet du contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise (CFAL). Deux gares pourraient être construites, à hauteur de Lons-le-Saunier et au niveau de Bourg-en-Bresse. Pour la réalisation de ces branches ouest et sud, tout reste à faire, même si le gouvernement a confirmé le 31 janvier son intention de les construire sans rassurer les élus sur le bouclage des financements. Le débat public sur la branche ouest pourrait se dérouler en 2012 alors que des études complémentaires sont nécessaires pour la branche sud. RFF a présenté au ministère une ligne mixte voyageurs-fret, une option peu défendue localement. Une alternative pourrait être le relèvement à 200/220 km/h de la vitesse de la ligne existante entre Dijon et Mâcon. D’autant qu’il existe un projet concurrent mieux porté: POCL. Par ailleurs, des études ont été lancées pour mieux relier la LGV Est à la LGV Rhin - Rhône pour une liaison améliorée entre Nancy et Lyon (2 heures 38 au lieu de 4 heures) à l’horizon 2020/2022. Les travaux pourraient consister en l’électrification de Belfort - Épinal et la remise à niveau de Lure - Villersexel. M. C. La rame POS 4405 pour Paris et la BB 15019 avec l’Eurocity «Vauban» Interlaken - Bruxelles, en gare de Strasbourg (26 octobre 2007). RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 44 de Bordeaux. Ce tracé ne comporte pas de gares mais des raccordements pour desservir Châtellerault, Poitiers (et vers La Rochelle) et Angoulême. Équipée de la TVM 300 nouvelle génération et de l’ERTMS, la LGV SEA est prévue pour 320km/h (300 en vitesse commerciale compatible avec les TGV Atlantique). Plusieurs viaducs permettront le franchis- sement des cours d’eau (l’Indre, la Vienne, la Charente et la Dordogne). Ce tronçon Tours - Bordeaux fait partie du grand projet SEA destiné à rejoindre la frontière espagnole, Toulouse depuis Bordeaux et Limoges depuis Poitiers. Lors de la mise en service, programmée mi-2017, les TGV abandonneront la ligne classique, où ils peuvent rouler à 220 km/h. Paris sera à 1 heure 15 de Poitiers (1 heure 25 aujourd’hui), Angoulême en 1 heure 45 (2 heures 10), Bordeaux en 2 heures 05 (3 heures) et La Rochelle à 2 heures 25 (2 heures 50). Le gain de temps sera d’environ 50/55min pour les destinations au sud de Bordeaux. Près de 5millions de voyageurs supplémentaires sont attendus chaque année (20 aujourd’hui). Pour la première fois en France, une infrastructure ferro- viaire (d’un coût de 7,8milliards d’euros) est confiée par concession à un groupement privé (Vinci) pour la construc- tion, l’entretien et l’exploitation durant 50 ans. La conces- sion existe déjà pour des services transfrontaliers comme Calais - Douvres et Perpignan - Figueras. RFF conserve les raccordements au réseau existant, les acquisitions foncières, l’environnement et le chantier connexe de l’entrée de Bordeaux. La LGV SEA permet de donner de la qualité au fret sur la ligne classique et dans une moindre mesure au TER. Début mai, lors de la rédaction de cet article, le financement n’était pas encore assuré et il planait sur ce projet un risque de décalage du planning si d’autres lignes nouvelles bouclaient leur financement plus rapidement. Le contournement Nîmes - Montpellier Déclaré d’utilité publique en mai 2005, ce contournement est, à l’origine, destiné au trafic fret pour désengorger les gares de Nîmes et Montpellier. Devant l’insuffisance de la rentabilité, le trafic TGV en prolongement de la LGV Méditer- ranée y est ajouté. Cette ligne nouvelle démarre à l’est de la bifurcation de Manduel, passe au sud de la ligne actuelle, la traverse à deux reprises de part et d’autre de Lunel et s’achève à Lattes, à l’ouest de Montpellier. Un raccordement est construit pour rejoindre la rive droite du Rhône (fret) et un second à Saint-Brès pour desservir la gare Saint-Roch par les TGV. Le tracé, long de 60km (et 20km de raccordements), aura des déclivités maximales de 10 ‰ compte tenu de la mixité des trafics. De même, la signalisation sera mixte: BAL avec signaux et TVM/ERTMS. Malgré l’aptitude à 300km/h, les TGV ne dépasseront pas le 220 km/h à l’ouverture. Deux gares nouvelles seront construites: à Manduel, avec liaison TER, et à Montpellier-Sud, dans le nouveau quartier d’Odysseum, en connexion avec le tramway. Paris - Mont- pellier se réalisera en 3 heures (3 heures 30 aujourd’hui) et Paris - Perpignan en 4 heures 35. D’un coût de 2milliards d’euros, cette construction va faire l’objet d’un PPP. Le protocole de financement a été signé le 7 février 2011. Les offres finales des trois candidats viennent d’être demandées par RFF. Le concessionnaire pressenti sera désigné début 2012. La mise en service pour- rait intervenir en 2017/2018. Dans le prolongement de cette ligne nouvelle, un débat public a eu lieu en 2010 pour la liaison Béziers - Narbonne. Voilà pour les projets qui sont bien engagés et qui seront mis en service d’ici 2017. Le réseau français de LGV compor- tera 790km supplémentaires (total de 2637km). Mais le Grenelle de l’Environnement cible 2000km de LGV d’ici 2020 sans compter les 2500km rajoutés après coup d’ici 2030. On sera sans aucun doute très loin du compte. Voici un inventaire à la Prévert de la foultitude de projets dans tout le territoire, en ne retenant que ceux qui ont dépassé le stade de l’idée: • partie sud de la LGV SEA, avec près de 410km en Y: le tronc commun part de Beautiran, au sud-est de Bordeaux, file vers le sud-est jusqu’à Bernos-Beaulac puis se sépare France LGV: UN AMBITIEUX PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT A. Dupire Une rame Atlantique sur un TGV Bordeaux - Paris-Montparnasse franchit l’Isle à Coutras (11 février 2011). RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 46 préalables à l’enquête d’utilité publique se déroulent sur la période 2010-2014 et la mise en service est envisa- geable pour 2023. Marseille - Nice se ferait en 1 heure (2 heures 30 aujourd’hui) et Paris - Nice en 3 heures 55 (5 heures 30). Le coût est estimé à 10milliards d’euros, auxquels il convient d’ajouter 5milliards pour moderniser le réseau classique. Mais la question du financement plombe le dossier. Où trouver 15milliards d’euros? Certains avancent même que le projet est mort-né. Désigné «maillon de la transversale Barcelone - Marseille - Gênes», ce projet pourrait être éligible de crédits euro- péens. De son côté, la ville de Nice conditionne sa participation à la prise en compte de la liaison avec l’Italie. Sous l’impulsion de l’État, RFF a étendu le périmè- tre du projet. Et les embûches techniques s’annoncent déjà pour construire, par exemple, les gares souterraines de Marseille ou de Toulon ou le tunnel d’Aubagne; • LGV normande. Voulue en 2009 par le président de la République dans le cadre du Grand Paris, qui fait du Havre un port parisien, cette LGV doit relier Paris à Rouen et au Havre avec une antenne vers Caen. L’objectif des temps est le suivant: Paris à 1 heure 15 du Havre (2 heures au- jourd’hui), Rouen à 45 min (1 heure 10), Caen à 1 heure 10 (2 heures) et Cherbourg à 2 heures 10. Selon les tracés, le coût oscille entre 8 et 12milliards d’euros pour une lon- gueur de LGV entre 300 et 350km. Le débat public aura lieu en octobre 2011. L’horizon de mise en service est 2020… mais le président de la République, fort du consensus politique de la Normandie, demande 2017. Pour la première fois, RFF a lancé une vaste concertation pour définir les fonctionnalités du projet (les attentes, les fréquences, la vitesse, les temps de parcours…) avant les spécificités techniques. On s’oriente d’ailleurs vers une LGV limitée à 250km/h; • LGV Paris - Orléans - Clermont - Lyon (POCL): il s’agit au départ de créer un itinéraire bis à la relation Paris - Lyon, car la LGV Paris-Sud-Est est saturée, puis simultanément de desservir par TGV les régions Centre et Auvergne (avec Paris - Clermont-Ferrand en moins de 2 heures). Le départ parisien serait en gare d’Austerlitz. Les études préalables ont démarré en 2009. Un débat public est organisé à l’automne. Le coût est estimé à entre 12 et 14milliards d’euros pour une mise en service vers 2026. En attendant, la bataille des tracés fait rage pour desservir à la fois Orléans, Moulins, Nevers, Clermont-Ferrand, etc. Deux défis majeurs restent à relever: le financement, à une période où les finances publiques sont au plus bas, et la capa- cité technique à réaliser plusieurs projets en même temps. France LGV: UN AMBITIEUX PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT Carte RFF En page de droite, en haut: la rame 4506 (Artesia) sur un Milan - Paris à Saint-Jean-de-la-Porte (20 septembre 2007). La ligne longe le massif des Bauges jusqu’à Chambéry; en bas, la rame R/D 603 sur la ligne Nice - Paris-Gare-de-Lyon, à Agay (29 mai 2007). JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 47 A. Grouillet L. Maris RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 48 ne LGV coûte entre 16 et 20millions du kilomètre construit. Jusqu’au TGV Méditerranée (LN 5), la SNCF a financé seule à 100 % la construction des LGV. Seul bémol, pour LN 5 justement, l’État a apporté 10 %. Lors de sa création en 1997, RFF lance le portage des pro- jets à plusieurs, notamment des collectivités territoriales. C’est le cas de la LGV EE (22 financeurs) et de la LGV RR (25 financeurs). Héritier de la dette de la SNCF (28milliards d’euros), RFF ne peut pas financer l’intégralité de ces pro- jets. En effet, de par la loi, la part de financement de RFF ne peut être qu’à la hauteur des péages que RFF encaissera pendant la durée de l’amortissement. Pour la seconde phase de la LGV EE, dont le coût est de 2milliards d’euros pour 106km, il y a 20 financeurs, dont RFF pour 532millions. Sur ces trois projets, les collectivités auront financé 73 % du montant total, le reste provenant de l’État, RFF, l’Union européenne ou les pays étrangers (Suisse, Luxembourg). On a construit six lignes en 30 ans, soit 1850km, pour 40milliards d’euros. Pour les cinq lignes lancées, soit 800km, il faut compter 17milliards en 10 ans. Pour les 15 à 20 autres projets du Grenelle, c’est 100milliards d’euros sur 11 ans. Compte tenu de l’état des finances publiques, le financement devient la question essentielle. Le recours au partenariat public-privé (PPP) permet de débloquer la situation. Pour Tours - Bordeaux, la conces- sion est faite à un groupement Vinci, Axa, Caisse des dépôts. Vinci effectuera donc la construction, l’entretien et l’exploitation pendant 50 ans. Les péages versés par les entreprises ferroviaires pour faire rouler leurs trains sur la LGV Tours - Bordeaux seront perçus par Vinci, même si la gestion des sillons reste au sein de RFF. La gestion du trafic reste à la SNCF par la loi (direction de la Circulation ferro- viaire, sous contrat de RFF). Vinci assurera la maintenance de cette infrastructure sous supervision de RFF et de l’EPSF (Établissement public de sécurité ferroviaire). Avec 7,8milliards d’euros, c’est la plus importante concession d’infrastructure de transport en Europe. Vinci apporte 800millions d’euros sur fonds propres et emprunte 3mil- liards. Le traité est prêt mais pas signé car… la partie publique du financement (1,5milliard par 57 collectivités) n’est pas bouclée; RFF amenant 1,7milliard et l’État 1,5milliard. L’Aquitaine et le Limousin ont signé en mai. Poitou-Charentes veut faire un prêt mais pas une subven- tion. La Dordogne, les Hautes-Pyrénées et le Tarn-et- Garonne refusent de signer. L’État a fixé un ultimatum. Faute d’accord, une autre LGV pourrait être lancée. France TEXTE ET PHOTOS DE MARC CARÉMANTRANT Le TGV R Paris - Reims à Chauconin, sur la LGV Est-européenne (5 mai 2011). Cette sixième LGV est la première à être cofinancée par des collectivités territoriales. Le casse-tête du financement des LGV Financées au départ par la SNCF, puis par RFF en collaboration avec les collectivités territoriales concernées, les LGV sont maintenant portées par des partenariats public-privé. Mais les coûts de certains projets posent le problème de la rentabilité de ces derniers et soulèvent la question de la recherche d’autres solutions, comme celle de la modernisation de lignes existantes. RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 52 in 2011, avec l’ouverture de la première tranche du TGV Rhin - Rhône, la France va disposer de près de 2000km de lignes à grande vitesse. Pour assurer les dessertes corres- pondantes, la SNCF, seul exploitant national à ce jour, gérait fin avril 2011 un parc de 485 rames TGV. Fin 2011, ce parc aura augmenté de 11 unités supplémentaires, et, fin 2016, il comprendra environ 530 rames TGV. Pour être tout à fait exact, il faut y ajouter les rames Eurostar (16) et Thalys (11), gérées par nos voisins anglais, belges, allemands et néerlan- dais. Dès lors, au fil des besoins nationaux et internationaux et en fonction des évolutions technologiques, plusieurs séries de rames à grande vitesse se côtoient. Lors des longues réflexions qui devaient mener à la réali- sation de la première ligne à grande vitesse, de grands prin- cipes concernant le matériel furent retenus: rame articulée et réversible, 250 à 300 km/h, turbine à gaz, pendulation. Mais le choc pétrolier de 1974 va sonner l’abandon de la turbine à gaz au profit de l’alimentation électrique. Par ailleurs, la complexité de la mise au point de la pendulation et le choix de construire des lignes nouvelles dédiées à la grande vitesse condamneront cette option. TGV Sud-Est: le pionnier Bien que thermique, le TGV 001 permit de tester de nom- breux composants du TGV PSE: bogies, motorisation, amé- nagement intérieur, climatisation, structure de la caisse et freinage. Le TGV Sud-Est sera donc une rame indéformable de deux motrices encadrant huit voitures (trois de 1 classe, une voiture-bar et quatre de 2 classe). Chaque rame propose 375 places, dont 135 en 1 classe. Pour aller sur l’ensemble du réseau, il s’agira d’une rame bicourant 1,5 kV courant continu et 25 kV 50 Hz courant monophasé. Pour rejoindre la Suisse, certaines rames reçoivent en supplément les installations nécessaires au courant monophasé 15 kV 16 2/3 Hz. Sa vitesse maximale est fixée à 260 km/h. Pour répondre à l’affluence, ces rames sont couplables entre elles (UM 2) grâce à un attelage automatique intégral. La cabine de conduite est inspirée de celle de dernière génération type BB 22200 avec un manipulateur circulaire de traction- freinage et une boîte à leviers en dessous. Le régulateur de vitesse (vitesse imposée) est présent, ainsi que les visualisa- teurs de cab-signal, la nouveauté des lignes à grande vitesse en matière de signalisation. Chaque rame dispose de 12 mo- teurs de traction à courant continu: deux bogies bimoteurs des motrices et un bogie bimoteur de chaque remorque d’extrémité. La chaîne de traction fait appel à un hacheur en courant continu et à un pont mixte thyristors-diodes en courant monophasé. Le freinage est une combinaison du frein rhéostatique, de frein à disques sur les essieux porteurs et de frein à semelles doubles de fonte sur tous les essieux. La première rame est livrée en juillet 1978. La deuxième la rejoint en décembre. Au total, 109 rames seront France PAR MARC CARÉMANTRANT Aperçu des rames TGV qui transitent par l’établissement du Landy-Sud. Un parc de matériel adapté et évolutif Après 30 ans de grande vitesse, la SNCF se retrouve à la tête d’un parc TGV de près de 500 rames. Un parc composite, où se côtoient plusieurs générations de matériels témoignant, par-delà un incontestable air de famille, des incessantes améliorations qui leur ont été apportées tant sur le plan purement technique que sur celui de l’exploitation commerciale. R. Chessum RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 54 Assurée au technicentre de Romilly, cette opération de prolongement de parcours a démarré en 2010 et doit durer jusqu’en 2014-2015. Elle est purement technique dans un premier temps: structure de caisse, révision ou remplacement des gros organes (bogies, moteurs, anneaux d’intercircula- tion, compresseurs…), fiabilité des rames. Les aménage- ments intérieurs sont rafraîchis à l’identique. Au deuxième semestre 2011, ces mêmes rames vont entrer en chaîne de rénovation des aménagements intérieurs: la coque des sièges sera conservée, mais il y aura de nouveaux tissus, une nouvelle ambiance, une information dynamique et une meilleure prise en compte de l’accessibilité PMR; enfin, le bar sera réaménagé. L’aménagement de la R3 n’est pas tranché. Les rames rénovation 1 seront traitées en priorité. Une première rame (n°15) devrait être disponible pour l’ouverture du TGV Rhin - Rhône en décembre 2011. Pour les rames « Bourgogne », l’adaptation à V 300 est financée pour sept rames. Deux d’entre elles devraient donc être radiées. Pour les rames tricourant, il n’y aura pas de prolongation de parcours ni de mise à V 300. Ces neuf rames seront radiées après 2013. À cette échéance, le TGV Sud-Est ne comportera plus de sous-parc. TGV Atlantique: le Sud-Est amélioré Pour exploiter sa nouvelle ligne Atlantique, la SNCF reçoit 105 rames TGV Atlantique; celles-ci optent dès l’origine pour une livrée à base de bleu et de gris (les deux premières rames auront une livrée blanc et bleu durant quelques années). Si l’architecture générale est celle des rames TGV SE, le TGV A bénéficie des dernières avancées technolo- giques: meilleur carénage, nouveaux bogies, suspension améliorée, nouveau pantographe, chaîne de motorisation synchrone autopilotée avec moteurs triphasés synchrones, vitesse maximale de 300 km/h. La puissance passe à 8800kW (contre 6444 pour le TGV SE), et cela avec seule- ment quatre bogies moteurs au lieu de six. De ce fait, la composition est portée à 10 voitures, contre huit précédem- ment. Un choix fort discutable pour l’exploitation future, car de nombreuses gares hors Atlantique n’admettent pas une UM de TGV A (476 m au lieu de 400). D’ailleurs, toutes France UN PARC DE MATÉRIEL ADAPTÉ ET ÉVOLUTIF Ci-dessus, de haut en bas et de gauche à droite: voiture 2 classe du TGV R 4504 rénové Lacroix, à Paris-Gare-de-Lyon (25août 2010); voiture 1 classe du TGV précité; vue d’un pantographe GPU 1,5kV (5 avril 2001); rame Réseau rénovée Lacroix 4521 en UM sur le TGV n° 9864 Nice - Bruxelles Midi de passage à Agay (11 septembre 2010). Photos M. Carémantrant les autres rames construites ensuite le seront avec huit voitures. Le TGV A est équipé d’un système informa- tique embarqué avec guide de dépannage informatisé. Pour les voyageurs, la présence de 10 voitures permet de diversifier les espaces avec une vraie voiture-bar, des semi-compartiments en 1 classe, un salon affaires, un espace famille, une nurserie et un espace enfants. Ce matériel a eu une carrière relativement calme. Il faut juste noter la modification des rames 372 à 379 entre 2000 et 2004 pour qu’elles puissent être tractées par des CC 72000 entre Nantes et Les Sables- d’Olonne. Depuis l’arrêt de l’expérimenta- tion, la ligne a été électrifiée. Par ailleurs, pour assurer des relations interconnectées Province - Province, les rames 386 à 405 ont reçu la TVM 430. Entre 2005 et l’été 2010, ces 105 rames sont Fiches techniques des rames TGV TGV Sud-Est TGV TGV Réseau Thalys Thalys Eurostar TMST Duplex Réseau/Duplex POS Duplex RGV 2N2 Nom Atlantique PBA PBKA Dasye année de construction 1978-1985 1988-1992 1993-1996 1996-1997 1993-1994 1996-2006 2006-2008 2005-20082008-20112010-20142012-2014 type bicouranttricourant postal bicourantbicouranttricouranttricourantquadricourantbicouranttricourantbicourantbicourantbicouranttricouranttricourantbicouranttricourantbicourant nbre de rames construites nbre de rames à ce jour 1 à 98, 4501 à 06 3201/02 3301/02 601 à 612 100 à 102 503 à 514 4510 à 616 à 619 numéros sauf 38, 534 à 553 3231/32 3313/14 1,5kV continu 1,5kV continu 1,5kV continu 1,5kV continu1,5kV continu 25kV 50Hz 1,5kV continu 1,5kV continu 1,5kV continu1,5kV continu 1,5kV continu 25kV 50Hz 25kV 50Hz 25kV 50Hz 25kV 50Hz25kV 50Hz 3kV continu 25kV 50Hz 25kV 50Hz 25kV 50Hz25kV 50Hz 25kV 50Hz tensions 15kV 16 2/3 Hz 3kV continu3kV continu3kV continu 1,5kV 50Hz 3kV continu15kV 16 2/3 Hz 15kV 16 2/3 Hz 15kV 16 2/3 Hz puissance 6 450kW 8800kW 8 800kW 8800kW 8800kW 12240kW 8800kW 8800kW 9280kW 9280kW 9280kW vitesse max. 270 ou 300 masse (t) longueur (m) pantographes AM 55 ou AX AM 55 GPU GPU GPU Cx 25 GPU Cx 25 GPU AMDE GPU GPU GPU Cx 25 GPU Cx 25 GPU moteurs 12 continu 8 synchrone 8 synchrone 8 synchrone8 synchrone 12 asynchrone 8 synchrone 8 synchrone 8 asynchrone8 asynchrone 8 asynchrone composition M + 8 R + M M + 10 R + M M + 8 R + M M + 8 R + MM + 8 R + M M + 18 R + M M + 14 R + MM + 8 R + M M + 8 R + M M + 8 R + MM + 8 R + M M + 8 R + M capacité rénov 1 = 110 classe rénov 2 = 69 capacité rénov 1 = 240 classe rénov 2 = 276 L. Maris RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 57 L. Maris B. Collardey F. Pobez En haut: la rame Duplex Dasye 722 assurant un Paris - Lyon est vue ici dans une courbe à Crisenoy (19 septembre 2010). Ci-dessus: l’aménagement intérieur de classe de la rame Duplex Dasye 701 (14 janvier 2008). les rames à deux niveaux ne peuvent aller à Lausanne en raison de l’engagement du gabarit pantographe. À terme, fin 2012, dans le cadre du nouveau partenariat Lyria, les 19 rames POS devraient être affectées à ce groupement. Des RGV 2N iront les remplacer sur la LGV Est. En 2013 seront livrées 10 rames nationales série 800 (bicourant) aptes à la liaison Perpignan - Barcelone – celle- ci devrait ouvrir de bout en bout en LGV en décembre 2013. Outre l’activation de l’ERTMS, il est nécessaire de les doter d’un équipement spécifique à l’ASFA (KVB espagnol) et d’appliquer les spécifications techniques d’interopérabilité, dont par exemple des portes coupe-feu. Enfin, en 2014 arri- veront les 15 autres rames nationales (série 800) bicourant. Ces rames RGC 2N seront affectées à Villeneuve. ICE: le TGV made in Germany Pour être complet, il faut signaler que des matériels hors SNCF circulent sur nos LGV. Outre les rames Eurostar anglaises et belges ainsi que les PBKA belges, allemandes et néerlandaises, la Deutsche Bahn assure des relations Paris - Francfort sur la LGV Est-européenne avec du matériel Siemens/Bombardier. Désignées ICE 3MF (multisystème France), ces six rames ont une motorisation répartie sur 16 moteurs asynchrones triphasés, sont quadricourant et développent 8000kW pour une vitesse maximale de 320 km/h. Outre les équipements techniques français comme la TVM 430 ou le KVB, il a fallu modifier les dessous de caisse par adjonction de déflecteurs et de capots pour résoudre le délicat problème du décollement de ballast. En décembre 2013, la DB devrait mettre en circulation des trains entre Londres et Amsterdam ou Francfort avec des rames Siemens type Velaro D, série 407, dont les caractéris- tiques techniques sont identiques à celles des ICE 3 MF. Ces rames, commandées en 15 exemplaires, pourraient aussi circuler sur la LGV Rhin - Rhône pour assurer des relations Francfort - Marseille. Enfin, Eurostar a récemment passé commande de huit rames (15 autres sont en option) du Velaro de Siemens… adaptées aux contraintes du tunnel: 400 m, 16 voitures, tricourant, 320 km/h, motorisation répartie, 16 000 kW. Par ailleurs, on attend toujours la venue en France de rames italiennes: Trenitalia s’est associée à Veolia, mais aucune date crédible n’est connue à ce jour. Pour l’exploitation, les rames Sud-Est ne sont couplables qu’entre elles, comme les TGV Atlantique. Les rames Réseau sont couplables avec les TGV Duplex, quelle que soit la génération. Et après? Il faut mettre à profit les années qui nous sépa- rent de 2014 pour connaître l’évolution des besoins, d’abord côté dessertes, avant d’estimer ceux en matériel et de régler enfin le cas des TGV Sud-Est. Plusieurs matériels seront en lice: AGV et Speedelia d’Alstom, Velaro de Siemens et Zefiro de Bombardier. Seule certitude: la bataille sera rude. Une chose est sûre néanmoins: nous allons très prochai- nement assister au retrait des premières rames TGV. Mais elles ne seront peut-être pas forcément radiées. L’Auvergne, toujours en attente d’une liaison à grande vitesse entre Clermont-Ferrand et Paris, a demandé au printemps 2010 à la SNCF d’étudier le remplacement des rames Corail Téoz, vieillissantes et qui doivent être remplacées d’ici à 2015 par des rames TGV Sud Est! C’est un dossier à suivre au cours des prochains mois dans le cadre des « trains d’équili- bre du territoire ». RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 59 Photos M. Carémantrant JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 61 BELGIQUE LGV = ligne à grande vitesse/HSL = hoge snelheids lijn Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Wannehain (Frontière B/F) - Hal Paris - Bruxelles Louvain - Bierset [Liège] Bruxelles - Cologne Chênée (Liège) - Hammerbrücke Bruxelles - Cologne Luchtbal (Anvers) - Noorderkempen (Frontière B/NL) Anvers - Amsterdam PAYS-BAS HSL = hoge snelheids lijn Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Hoofddorp (Schiphol) - Rotterdam Amsterdam - Anvers Barendrecht (Rotterdam) - Noorderkempen (Frontière NL/B) Amsterdam - Anvers ALLEMAGNE NBS = Neubaustrecke Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Mannheim - Graben-Neudorf Mannheim - Stuttgart Fulda - Wurtzbourg Hanovre - Wurtzbourg Graben-Neudorf - Zuffenhausen (Stuttgart) Mannheim - Stuttgart Hanovre - Fulda Hanovre - Wurtzbourg Wolfsburg - Staaken (Berlin) Hanovre - Berlin Cologne - Francfort Rhein - Main Ehrenfeld (Cologne) - Düren Cologne - Bruxelles 2002-04Rastatt - Offenburg Karlsruhe - Bâle Leipzig - Gröbers Nuremberg - Erfurt - Leipzig Fischbach (Nuremberg) - Ingolstadt Nuremberg - Erfurt - Leipzig 2012? Eimeldingen - Schliengen Karlsruhe - Bâle 2015? Gröbers - Erfurt Est Nuremberg - Erfurt - Leipzig 2017? Erfurt Ouest - Ebensfeld (Bamberg) Nuremberg - Erfurt - Leipzig GRANDE-BRETAGNE HSL = high speed line Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Folkestone - Fawkham junc. (Ashford) Paris - Londres Ashford - Londres Saint Pancras Paris - Londres * 36km de voie «dédiée» sur un total de 56km, soit 20km «aménagés». * 160km/h dans un premier temps à cause de l’emploi de Traxx avec l’ERTMS niv. 1. * 200km/h dans un premier temps (rames tractées). ** 250km/h dans un premier temps (ICE 1). AUTRICHE Pas de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Knoten Wagram - Sankt Pölten Vienne - Salzbourg Knoten Rohr - Ybbs Vienne - Salzbourg Amstetten - Sankt Valentin Vienne - Salzbourg Sankt Valentin - Linz Asten Sankt Florian Vienne - Salzbourg Linz Asten Sankt Florian - Linz Vienne - Salzbourg 2012? Wörgl Ouest - Fritzens Wattens Salzbourg/Munich - Innsbruck/Brenner 2012? Vienne Hütteldorf - Knoten Wagram Vienne - Salzbourg 2014? Ybbs - Amstetten Vienne - Salzbourg 2015? Knoten Wagram - Knoten Rohr Vienne - Salzbourg * Vitesse actuelle de 200km/h, à relever à 230 vers 2015. RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 62 Europe INVENTAIRE DES LGV «DÉDIÉES» ET AUTRES LIGNES «AMÉNAGÉES» PARCOURABLES À GRANDE VITESSE ITALIE LAV = linea de alta velocita Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Rome - Città della Pieve Rome - Florence Città della Pieve - Arezzo Rome - Florence Florence - Valdarno Rome - Florence Arezzo - Valdarno Rome - Florence Rome - Gricignano di Aversa Rome - Naples Turin - Novare Turin - Milan Padoue - Mestre Milan - Venise Milan - Bologne Milan - Rome Novare - Milan Turin - Milan Bologne - Florence Milan - Rome Gricignano di Aversa - Naples Rome - Naples Naples - Salerne Naples - Lecce/Reggio de Calabre ESPAGNE LAV = linea de alta velocidad Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Madrid - Séville Madrid - Séville Barcelone - Valence Barcelone - Valence Madrid - Lérida Madrid - Barcelone La Sagra - Tolède Madrid - Séville/Tolède Córdoba - Antequera Madrid - Córdoba - Málaga Lérida - Tarragone Madrid - Barcelone Madrid - Valladolid Madrid - Valladolid Antequera - Málaga Madrid - Córdoba - Málaga Olmedo***** - Medina del Campo Madrid - St-Jacques-de-Compostelle Tarragone - Barcelone Madrid - Barcelone Torrejón de Velasco (Madrid - Séville) - Cuenca - ValenceMadrid - Valence Motilla - Albacete (antenne) Madrid - Valence Figueras - Perthus (Frontière E/F) Barcelone - Perpignan 2011? Orense - Saint-Jacques-de-Compostelle Madrid - St-Jacques-de-Compostelle 2012? Barcelone - Figueras Barcelone - Perpignan 2012??Albacete - La Encina - Xàtiva Madrid Levant 2012??La Encina - Alicante Madrid Levant 2012??Medina del Campo - Zamora - Orense Madrid - St-Jacques-de-Compostelle 2012??Antequera - Grenade Séville - Almería 2012??La Corogne - Vigo La Corogne - Vigo 2012??Séville - Cadix Séville - Algésiras 2013??Oviedo - León Valladolid - Gijón 2013??Valladolid - Burgos Madrid - Irun 2014??Venta de Banos - León Valladolid - Gijón 2014??Burgos - Vitoria-Gasteiz Madrid - Irun 2014??Alcázar de San Juan - Jaén Madrid - Jaén 2015??Plasencia - Cáceres - Badajoz Madrid - Lisbonne 2016??Irun - Bilbao/Vitoria-Gasteiz Y basque * Direttissima (Rome - Florence), exploitée à 180km/h en 3000 V DC par ALe 601 ou E 444, puis à partir de 1988 par des ETR 450 Milan – Rome; il faudra attendre la réélectrification en 25kV AC pour rouler à 300km/h. ** Première LAV en Italie utilisant le 25kV 50Hz AC; les autres LAV «dédiées»passent également au courant alternatif. *** Ligne «aménagée», restant en 3000 V DC. * 250km/h dans un premier temps. ** 3000 V DC, 1668mm, partiellement «aménagée» pour la GV et exploitée en provisoire par S 101 Euromed ou 490 Alaris. *** Limitée à 200, puis à 250 puis à 300 en mai 2007…, en attendant 350 avec l’ERTMS 2. **** 350km/h avec l’ERTMS niveau 2 (en attente). ***** Olmedo est situé au PK 133 de la LAV Madrid - Valladolid. JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 63 SUÈDE Pas de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Fleminsberg - Järna Grödingebanan Södertälje - Valskog Svealandsbanan Stockholm - Arlanda Arlandabanan Malmö - Frontière S/DK Öresund Kungsängen - Örebro Mälarbanan Malmö C - Öresund Citytunnel - Malmö Umea - Örnsköldsvik (Botniabanan) Stockholm - Umea 2011? Örnsköldsvik - Kramfors (Botniabanan) Stockholm - Umea FINLANDE Pas de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Kirkkonummi - Turku Helsinki - Turku Kerava - Seinäjoki Helsinki - Seinäjoki Kinni - Otava Kouvola - Mikkeli Kerava - Lahti Helsinki - Lahti Lahti - Luumäki (- Vainikkala) Helsinki - Saint-Pétersbourg RUSSIE Pas (encore!) de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Moscou - Saint-Pétersbourg Moscou - Saint-Pétersbourg Moscou - Nijni Novgorod Moscou - Nijni Novgorod Saint-Pétersbourg - Pogranichnoye (Frontière RUS/SF) Saint-Pétersbourg - Helsinki 2015? Moscou - Saint-Pétersbourg Moscou - Saint-Pétersbourg 2015??Moscou - Nijni Novgorod Moscou - Nijni Novgorod Non définie DANEMARK Pas de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Copenhague - Frontière DK/S Øresund* NORVÈGE Pas de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Oslo - Aéroport (Gardermoen) Gardermobanan 2013? Oslo - Ski Oslo - Ski tunnel * Pour l’instant, aucun train n’y dépasse 205km/h, faute de matériel disponible. ** Conçue pour 250km/h. *** Le matériel spécifique (ET 4300/X 31 K, X 3 2K) a une vitesse limite de 180km/h. * Øresund est l’orthographe danoise, tandis qu’Öresund est l’orthographe suédoise. ** Le matériel spécifique (ET 4300/X 31 K, X 32 K) a une vitesse limite de 180km/h. * Limité à 180km/h entre Salo et Turku (Sm 3). * Limité à 160km/h pour l’instant. Pas de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) Mattstetten - Rothrist Berne - Zurich Frutigen - Rarogne (Visp) Tunnel du Lötschberg 2017? Erstfeld - Bodio Tunnel du Gothard * 52km équipés en comptant les raccordements. * Vitesse provisoire de 160km/h en attendant l’ERTMS niveau 2, qui sera opérationnel en décembre 2007. PORTUGAL Pas de LGV « dédiée » Date Section Long. LN (km)V max. (km/h) 2013??Caia (Lisbonne) - Badajoz Lisbonne - Madrid RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 64 Un réseau européen en devenir Comme nous allons le voir, les lignes à grande vitesse, dési- gnées selon les réseaux LGV (en France), NBS (en Allemagne, neubaustrecke , litt. « ligne nouvelle »), HSL (en Angleterre, high speed railway ) ou LAV (en Espagne, linea de alta veloci- ), n’ont été développées pour le moment, sur le Vieux Continent, que dans les pays du secteur occidental disposant déjà d’un réseau moderne connaissant un trafic élevé. Ce sont, outre la France, l’Espagne, avec 1926km fin 2010, l’Allemagne (980km), l’Italie (867km), la Belgique (207km), les Pays-Bas (102km), la Grande-Bretagne (112km) et la Suisse (80km). Ce qui n’a pas empêché, à l’instar de la France, plusieurs de ces réseaux, comme l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, d’augmenter les vitesses limites sur les artères traditionnelles jusqu’à 200 et même 230 km/h. En ce qui concerne les pays de l’ex-bloc communiste, qui présentent des infrastructures inadaptées à la vitesse et donc nécessitant une sévère remise à niveau, le concept de la grande vitesse n’en est qu’au stade des projets. Une mention spéciale s’adresse au réseau ibérique de la Renfe, en passe de devenir l’eldorado de la vitesse; long- temps considéré comme désuet, il s’est tardivement réveillé mais a mis, depuis, les bouchées doubles. Le réseau espagnol va continuer à faire la course en tête avec la SNCF, car le total Europe PAR BERNARD COLLARDEY Un ETR 460 franchit le viaduc de Vado, sur la ligne Milan - Naples (6 mai 2005). Panorama de la grande vitesse européenne À l’instar de la France, tous les pays d’Europe occidentale ont entrepris de se doter d’un réseau de lignes à grande vitesse dès la fin du siècle dernier. Avec une mention toute particulière pour l’Espagne, actuellement numéro1 en termes de kilométrage, devant la France, l’Allemagne et l’Italie. Ces réseaux poursuivent aujourd’hui leur expansion tandis que les projets commencent également à fleurir en Europe orientale. À l’heure où l’Europe de la grande vitesse est en train de prendre forme, un tour d’horizon s’impose… J. Quatorze RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 66 le 28 septembre 2003. Le 30juillet précédent, une rame Eurostar avait battu le record de vitesse en territoire anglais avec 334,7 km. La seconde section (CTRL 2), longue de 38 km, comporte, outre la traversée de la Tamise, un ensemble de tunnels et de galeries cumulant 20 km, où la vitesse a été limitée à 230 km/h. Elle aboutit en gare de Londres Saint Pancras, qui a été réaménagée en conséquence. Deux gares nou- velles ont été édifiées à Ebbsfleet (avec desserte par certains Eurostar), et à Stratford, cette dernière étant située près d’un pôle d’échanges important. Avec sa mise en service le 14 novembre 2007, le temps de parcours des TGV a été ramené à 2 heures 15 de Paris à Londres et à 1 heure 55 de Londres à Bruxelles sans arrêt. Entre Londres Saint Pancras et Ebbsfleet, la CTRL 2 écoule parallèlement un service de trains régionaux du South - eastern, cadencés aux 30min, avecrames classe 395 25 kV/750 V, se dirigeant vers Chatham et Faversham, ainsi que jusqu’à Ashford des trains cadencés aux 20min vers Douvres, Ramsgate et Margate, sur la côte est de la Manche. Une ligne nouvelle est envisagée entre Londres et Birming- ham, avec desserte de l’aéroport d’Heathrow. Le réseau belge de la SNCB Entourée de pays qui investissent dans la grande vitesse, la Belgique, électrifiée en 3kV, s’est dotée de quatre tron- çons épars sous 2 x 25 kV, l’ouverture des LGV 3 et 4 ayant été retardée par la mise au point de l’ERTMS, qui facilite les liaisons internationales. Le premier tronçon a constitué le prolongement de la LGV Nord entre lafrontière et Hal. Long de 71km (en site propre), longeant un moment l’A 8, il comporte deux raccordements Europe PANORAMA DE LA GRANDE VITESSE EUROPÉENNE Infographie V. Morell/Rail Passion JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 67 Dessin S. Lucas J.-C. Mons Ph. Hérissé La rame NOL 3302, à hauteur de Ver-sur- Launette file en direction de Paris-Nord (18 février 2008). Ci-contre : Class 395 Hitachi. Ci-dessous : le constructeur japonais Hitachi entretient ses rames Class 395, exploitées par le Southeastern, dans son propre centre de maintenance d’Ashford. Europe PANORAMA DE LA GRANDE VITESSE EUROPÉENNE La quatrième LGV relie Anversà la frontière néerlandaise, où elle se prolonge aux Pays-Bas en tant que HSL Zuid (LGV Sud). Longue de 40km, elle débute à Anvers Luchtbal, à 4400m d’Anvers Central, dont la traversée souterraine a été terminée en mars2007. Équipée de l’ERTMS, électrifiée en 25 kV et apte à 300, elle longe l’E 19 et comporte une gare, dénommée Noorderkempen, juste avant la frontière, terminus de navettes issues d’Anvers avec rame réversible et machine type 13, qu’empruntent notamment les frontaliers travaillant à Anvers. Depuis le 13décembre 2009 y circulent les huit fréquences TGV Thalys Paris - Amsterdam(portées à 10 un an plus tard) avec un temps ramené à 3 heures 18. Les prochains mois, les trains Amsterdam - Bruxelles y seront admis lorsque les rames tricourant Ansaldo seront au point. Des projets concernent les sections Hal - Bruxelles (ligne 96), Schaerbeek - Louvain (ligne 36) et Gand - Bruges après quadruplement (ligne 50); elles seront équipées de l’ERTMS et parcourables à 200 km/h. JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE A. Grouillet © NS Hispeed/Doc. Ci-dessus : rame Fyra V 250. Ci-contre : Présentation par la SNCB et NS Hispeed, à Amsterdam, du train à grande vitesse pour le trajet Amsterdam - Bruxelles. Le nouveau matériel automoteur Fyra est limité à 250km/h (7 juillet 2009). La rame PBKA Thalys 4331, à Dordrecht Sud, avec le train 9309 Paris - Amsterdam (30 août 2007). Dessin S. Lucas Le tronçon Fulda - Wurtzbourg est mis en service en mai 1988 et utilisé à 200 par des trains IC avec machine série 120. La DB engrange alors un record de vitesse à 406,8 km/h avec la rameICE expérimentale. L’intégralité du parcours est ouverte le 2juin 1991. Cette fois, les rames ICE 1y sont engagées sur la relation Hambourg - Munich Francfort et Stuttgart, avec un gain de 62 min. Outre des trains IC, la NBS voit circuler la nuit des convois de messagerie Nord - Sud à 120 km/h. En 1992, une deuxième relation voit le jour entre Hambourg, Bâle et Zurich. Un nouveau raccordement de 11300m est créé entre la bifur de Nantenbach et Rohrbach avec traversée du Main utile pour les IC Francfort - Nuremberg et ultérieurement les ICE Dortmund - Munich et Francfort - Nuremberg - Vienne. La deuxième NBS, longue de 99km, va relier Mannheim à Stuttgart Zuffenhausen, à 7km de la gare en impasse de Stuttgart Hbf. Réduisant de 29 km le trajet entre les deux métropoles, elle comprend elle aussi un chapelet de grands ouvrages, une gare nouvelle à Vaihingen(avec huit voies dont quatre à quai commun avec la ligne classique Karlsruhe - Stuttgart déviée) et des raccordements à Graben Neudorf Nord et à Bruchsal Nord de et vers Heidel- berg et Karlsruhe. D’abord empruntée de Mannheim à RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Infographie V. Morell/Rail Passion 73 Europe PANORAMA DE LA GRANDE VITESSE EUROPÉENNE Graben dès 1988 par des trains IC avec machine 103 vers Bâle, à son ouverture intégrale, le 2 juin 1991, les ICE Hambourg - Munich et divers trains IC vont y circuler en mélange. La troisième NBS, limitée également à 250 km/h, et dont le but était de faire bénéficier Berlin de la grande vitesse, fut la résultante de la réunification de l’Allemagne. Longue de 165km, elle relie Wolfsburg à Staaken, à 17 km du centre de Berlin, en longeant continûment la ligne conventionnelle – elle comprend un seul grand ouvrage sur l’Elbe. En amont, les 75km de Hanovre à Wolfsburg ont été réaménagés avec vitesse portée à 200 depuis Lehrte. Elle comprend deux raccordements avec la gare de Stendalpour une desserte en dérivation et une gare nouvelle à Rathenow, commune avec la voie unique parallèle Stendal - Berlin. De plus, un tronçon à voie unique a été construit pour relier Brunswick à Wolfsburg. Mise en service le 27septembre 1998, elle a accueilli à la fois: deux courants reliant Cologne et la Ruhr à Berlinavec ramesICE 2, Munich et Francfort à Berlin Brunswick couverts parICE 1,avec des gains de temps d’une heure par rapport à l’itinéraire historique Helmstedt, Magdebourg et Brandebourg; des trains IC Amsterdam - Hanovre - Berlin, limités à 200 avec machine 103 puis 101. Quatrième du nombre, la NBS Rhin - Main, longue de 175km, longe l’A 3. Elle est cette fois tracée pour une vitesse commerciale de 300 km/h avec des rampes de 40 ‰ vu le relief accidenté du Westerwald et du Taunus, avec un point haut à la cote 360, au Km 66. Cela interdit la circulation de trains tractés. De Cologne Deutzerfeld à Siegburg, au Km 25, elle double l’artère Cologne - Siegen (améliorée avec limite à 200), et se termine à Francfort Aéroport, à 11 km de Francfort Hbf. Truffée de 30tunnelscumulant 41km et de 16 viaducs, elle comporte trois gares nouvelles (Siegburg, Montabaur et Limburg Sud) et un raccordement de 13km accédant à la gare en impasse de Wiesbaden Hbf. Sa mise en service est intervenue le 15décembre 2002 avec emploi de rames ICE 3 (403 et 406) assurant les liai- sons suivantes (avec une économie d’une heure par rapport à l’itinéraire traditionnel peu performant de la rive gauche du Rhin Bonn, Coblence et Mayence): Cologne - Wiesbaden - Mayence et Stuttgart; Dortmund - Cologne - Francfort Aéroport - Mannheim - Bâle; Dortmund - Cologne - Francfort Aéroport - Mannheim - Stuttgart - Munich; Dortmund - Cologne - Francfort Aéroport et Hbf - Nuremberg - Munich; Amsterdam et Bruxelles-Cologne-Francfort Aéroport et Hbf. JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Dessin S. Lucas J.-C. Mons Ci-dessus : une rame allemande ICE T à l’approche d’Innsbruck (12 juillet 2009). Ci-contre : rame ICE T. L’ouverture ultérieure, le 13juin 2004, d’une dérivation de 20600m pour desservir la gare nouvelle en sous-sol de Cologne-Bonn Aéroport a capté certaines des missions ICE précitées, ainsi que des liaisons terminus en provenance de Berlin Hanovre et Dortmund. Bien qu’entamée depuis le début des années 90, la NBS Karlsruhe - Bâle a jusqu’ici avancé à petits pas et détient le ruban bleu de la lenteur. Conçue pour 250 km/h elle longe pratiquement en permanence la ligne conventionnelle mo- dernisée sur son côté ouest, formant ainsi un quadruplement. Si, dès mars 1993, la courte section de Bühl à Achern a été la première mise en service, c’est seulement en 2007 que le parcours s’étendant sur 44km de Rastatt Sud à Offenburg, avec gare nouvelle à Baden-Baden, est devenu accessible aux ICE à 250, aux trains IC, EC à 200 avec locomotive 101, et aux trains de fret toutes catégories. En juin, les TGV POS Paris - Stuttgart - Munichy circulent également à compter d’Appenweier jusqu’à Karlsruhe. Lestravaux sont en cours pour le shunt long de 19km entre Schliengen et Eimeldingen avec tunnel du Katzenberg de 9385 m au nord de Bâle, évitant un tronçon très tor- tueux à ouvrir en décembre 2011. Restent à construire, avec achèvement au mieux en 2017, les sections Durmersheim (au sud de Karlsruhe) à Rastatt Sud (28km) et Offenburg Sud à Schliengen (98 km) avec les raccordements nord et sud de Fribourg. L’antenne d’Appenweier à Kehl (14 km) sera quant à elle réaménagée avec suppression des passages à niveau pour autoriser 200 km/h. La sixième NBS allemande concerne le parcoursNurem- berg - Ingolstadtavec origine à Fischbach, à 8 km de Nuremberg Hbf, jumelée partiellement à l’A 9. Longue de 77km, elle a été conçue pour 300 km/h avec neuf tunnels cumulant 25 km. Son profil en long, avec rampes de 20 ‰, atteint l’altitude 450 et 500 aux Km 36 et 71. En associa- tion, la ligne classique d’Ingolstadt à Munich a vu sa vitesse relevée à 200 km/h. Mise en service en 2006, elle est fréquentée par les ICE Berlin et Hambourg - Munich, qui ont gagné 40min par rapport à l’itinéraire Donauwörth et Augsbourg. Autre NBS en service depuis 2009, letronçon Düren - Cologne Ehrenfeld(35 km), réalisé sous forme d’un quadru- plement de la ligne existante mais apte à 250 km/h, et utilisé par les TGV Paris - Cologne et les ICE Bruxelles - Francfort. Parmi les opérations en cours, notons la NBS Nuremberg - Leipzig, qui se décompose en deux tronçons comportant l’un et l’autre de multiples ouvrages: • Erfurt Est - Gröbers (96km), apte à 300 km/h, avec raccordement sur Halle, prévu pour 2015; le parcours Gröbers - Leipzig (27 km) a été ouvert dès 2003 avec la gare nouvelle de l’aéroport de Leipzig; RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Dessin S. Lucas 75 Photos S. Lucas Ci-dessus, de gauche à droite : la face avant du Velaro D. Les trappes de carénage qui dissimulent l’attelage automatique s’ouvrent horizontalement; vue de l’aménagement intérieur des voitures classe du Velaro D. Ci-contre : rame Velato D. du Grauholz, mise en service en 1995. Longue de 45km, cette NBS électrifiée en 15kV et équipée du système LZB est par- courable à 200 km/h. Elle comporte un raccordement vers Soleure. Elle a été mise en service en décembre 2004, d’abord à 160 avec signalisation latérale. La vitesse 200, tributaire de l’ERTMS, n’a été autorisée que deux ans plus tard pour les trains IC avec rames à deux niveaux réversibles remorquées par machine 460, les rames automotrices pendulaires ICN, les ICE Berlin - Bâle - Interlaken, Francfort - Berne, Bâle - Inter- laken, les ETR 470 Milan - Bâle(remplacés aujourd’hui par les ETR 610), avec un gain de 15min. Jusqu’au 10 juin 2007, les TGVParis - Berne - Zurichont également emprunté cette ligne avant d’être basculés par la LGV Est, Strasbourg et Bâle. Une deuxième NBS, longue de 34,6km et toujours sous 15kV, entrant dans le projet NLFA (lignes nouvelles ferro- viaires à travers les Alpes), a été mise en service le 9décem- bre 2007. Il s’agit du tunnel de base du Lötschbergapte à 250 km/h, reliant Frutigen à Rarogne, près de Visp (Valais). Exploité par le BLS (Berne-Lötschberg-Simplon), il comporte deux tubes, dont un équipé sur un tiers de son parcours, avec point haut à la cote 824. Doté de l’ERTMS, il est utilisé par les trains IC remorqués par locomotives 460 des CFF et 465 du BLS ainsi que par les trois courses Bâle - Milan avec rames ETR 610. Le gain de temps par rapport à l’itinéraire historique Kandersteg à l’altitude 1176 est de 35min. Le trafic marchandises Suisse - Italie l’emprunte également. Autre projet important à achever pour 2015, celui du tunnel de base sous le Gothard: long de 57km, apte égale- ment à 250 km/h, et dont l’altitude maximale atteindra au plus 549m, il entre également dans le cadre de la NLFA. Il prendra naissance au nord d’Erstfeldet se terminera à Biasca, dans la vallée du Tessin, évitant ainsi le tunnel de faîte, qui culmine à la cote 1 151 et présente des rampes en 26 ‰. Le percement du premier tube a été achevé le 15octobre 2010. Le second devait l’être en avril 2011. Le temps de parcours Zurich - Milan tombera de 3 heures 40 à 2 heures 50 avec matériel pendulaire. Plus au sud en plein Tessin, un second ouvrage souterrain, plus modeste (15,4 km), dit du Monte Ceneri, entre Giubiasco et le nord de Lugano, est lui aussi en cours de percement. Son achèvement est prévu pour décembre 2019. Comme les rampes sont limitées à 8,5 ‰, la vitesse à 250 km/h permettra dans les mêmes délais à l’important courant Suisse - Italie par le Gothard d’éviter la ligne histo- rique tortueuse avec déclivités de 26 ‰ et de gagner 10nouvelles min. RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Dessin S. Lucas 79 C. Masse M. Lavertu Ci-dessus, une rame ETR 610 CFF à Yvorne sur un train Genève - Milan (19 mars 2010). Ci-dessous, de haut en bas : rame AGV de l’opérateur privé italien NTV (Nuovo Trasporto Viaggiatori) : AGV NTV sur le site Alstom de La Rochelle (2 octobre 2010). RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Dessins S. Lucas 81 Th. Leleu A. Grouillet Th. Leleu A. Grouillet Ci-dessus de gauche à droite et de haut en bas, photos : un ETR 460 Frecciargento arrive en gare de Venezia Santa Lucia, en provenance de Rome (14 février 2009); l’ETR 485.009 assure le train ES 9402 Rome - Venise, vu ici à Poggio Rusco (16 septembre 2010); les motrices E 404.533 et 537 encadrent 12 voitures composant un ETR 500 Freccia Rossa qui traverse Milan Lambrate avec un train Milan - Salerne (4 juin 2009); un ETR 600, en provenance de Bologne, à Roma Termini, gare centrale de Rome (février 2009) – dessins : ETR 460 Pendolino ; ETR 480 Cisalpino ; ETR 500 ; ETR 600 Cisalpino. (entre 1976 et 1992). Puis ils enchaînent avec les LAV, conçues pour 300 km/h et adoptant le 25 kV, de Rome à Naples(205km; fin 2005), Milan - Bologne (189km; ouverte en décembre 2008) et plus récemment, en décembre 2009, celles deTurin à Milan (126km) et de Bologne à Florence(79km), cette dernière se singularisant avec 90 % de tunnels et une altitude maximale de 413 m. Ajoutons à cela laLAV Monte del Vesuvio(30km), limitée à 250, et pro- longeant vers Salerne celle de Rome à Naples, terminée en Grâce à ces lignes couvrant en outre une grille de desserte étoffée, les temps de parcours intervilles ont été réduits significativement, comme Turin - Milan en 52minutes, Milan - Rome en 2 heures 59, Milan - Naples en 3 heures 10, Milan - Florence en 1 heure 45, Florence - Naples en 3 heures, Venise - Rome en 3heures 28. Mais les prestations offertes sont loin d’égaler celles des TGV de la SNCF et des AVE de la Renfe. Ainsi, les 566km de Milan à Rome sont en effet abattus sans arrêt en 2 heures 59 à 190 de moyenne. Les rames ETR 500, autorisées à 300, couvrent les parcours Turin - Milan - Rome - Naples - Salerne et Vérone - Rome, tandis que les ETR 460, 480 et 600,limités à 250, circulent sur Venise - Rome. En 2011, la NTV (Nuevo Trasporto Viaggiatori)concurren- cera les FS sur la dorsale Milan - Naples, avec ses nouvelles rames AGV construites par Alstom. Deux nouvelles LAV sont à l’étude. Il s’agit de Milan - Vérone, couplée à Vérone - Venise, avec quadruplement aux deux extrémités, et du projet « Terzo Valico », qui doit permettre un accès direct depuis Milan et Turin au grand port de Gênes, au moyen d’un long tunnel évitant le couloir des Giovi. Mais le plan d’austérité décrété récemment par le gouvernement Berlusconi ne prévoit pas de crédits avant 2011. En outre, les grands tunnels transalpins entre l’Autriche et l’Italie sous le Brenner, dont les travauxont commencé, et Europe PANORAMA DE LA GRANDE VITESSE EUROPÉENNE JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Infographie V. Morell/Rail Passion 82 P. Mancini Un ETR Freccia Bianca Trieste - Milan - Turin traverse les rizières du Piémont, près de Vercelli (8 mai 2011). au Km 126, et à la cote 790, au Km 247 dans la sierra Morena, les variations altitudinales étant extrêmes – passant de 618m à Madrid Atocha à 106m à Cordoue. Les rayons de courbure descendent rarement en dessous de 4000 m, sauf dans la zone semi-montagneuse de la sierra Morena entre Villanueva de Córdoba (Km 285) et Adamuz (Km 318), où ils s’abaissent à 2300m avec vitesse ramenée à 210. En sus, la traversée de Ciudad Real et de Cordoue s’effectue à 190 et à 155km/h, et une courbe de 400m à la sortie de Puertol- lano ramène le plafond à 80km/h. Outre la requalification de la gare en impasse de Madrid Atocha avec 11 voies à quai, trois gares intermédiaires nou- velles ont été édifiées à Ciudad Real (Km 171), à Puertollano (Km 210) et à Cordoue Centrale (Km 345), et une terminale à Séville Santa Justa. Alimentées en 25 kV, les deux voies sont équipées du système de signalisation LZB en vigueur sur la DB, avec jonctions de report tous les 30km abordables à 160 km/h. La ligne a été ouverte le 14avril 1992, six jours avant l’Exposition universelle de Séville et avec gare provisoire. Le service a débuté avec six allers-retours limités à 250 km/h, le trajet étant couvert en 2 heures 35 (2heures 25 sans arrêt), contre 5heures 36 auparavant, par des rames type AVE S 100 à huit remorques, de 8800kW. Puis, en octobre, débutèrent les liaisons à courte distance entre Madrid, Ciudad Real et Puertollano, couvertes aujourd’hui par des rames automotrices S 104à 25 kV. En 1993, la Renfe met en marche des Talgo limités à 200, avec locomotive bicourant 252, sur les trajets Madrid - Malaga, Cadix et Huelva; ceux-ci utilisent partiellement la LAV et les Cambiadore installés à Cordoue et à Séville pour le changement d’écartement des essieux. D’année en année, le succès va croissant, ce qui conduit à augmenter la vitesse à 300 km/h et le nombre de fré- quences; le temps de parcours total tombe à 2heures 20 sans arrêt, à la moyenne de 202km/h, à 2heures 30 avec arrêt à Cordoue. En 10 ans, le trafic annuel sur la LAV RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 Dessin S. Lucas 85 M. Lavertu Th. Leleu Ci-dessus : une rame S 130 traverse la gare de Pajares sur un service Gijón - Madrid qui empruntera ensuite la LAV à Valladolid via le tunnel de Guadarrama. Ci-contre : rame S 130. Ci-dessous : à Ballobar, un S 120 à destination de Saragosse (22 avril 2009). 300 km/h était autorisée, sauf à partir du Km 609 où elle tombait à 200. Dès 2003, pour permettre la circulation d’AVE de Madrid à Huesca, un tronçon de 56km à voie normale a été construit en parallèle à la ligne Saragosse - Lérida à voie large jusqu’à Tardienta, avec au-delà, sur 22km, trois files de rails, tronçon électrifié sous 25 kV et autorisé à 200. Progressivement, le service cadencé avec des rames AVE S 102 Talgo Bombardier et S 103Siemens porte sur 10 fré- quences sans arrêt en 2heures 38, sept fréquences avec un arrêt à Saragosse (joint en 1 heure 19), huit fréquences avec quatre arrêts en 3heures 24, plus deux liaisons Madrid - Huesca en 2 heures 05 avec rame S 104 bridées à 250. La LAV profite également à des mouvements Barcelone - Lérida, Madrid - Guadalajara, ainsi qu’à des services Alvia cou- verts par des ramesS 120bicourant aptes à 250, de Madrid à Pampelune et Logrono, de Barcelone à Bilbao et Vigo, avec passage aux cambiadores (postes de changement d’écarte- ment d’essieux) de Piacenza de Jalón ou de Saragosse. Notons enfin qu’un by-pass long de 5 km unit les deux pre- mières LAV à l’est de Madrid et sert à des AVE S 102 Séville et Malaga - Barcelone. La LAV Madrid - Valladolid Troisième du genre, cette ligne est destinée à éviter le passage par la voie traditionnelle très sinueuse (249km) empruntée par les liaisons vers le nord-ouest du pays, qui escalade le massif de la sierra de Guadarrama avec passage à 1360m d’altitude. La ligne nouvelle, inaugurée le 22dé- cembre 2007, longue de 179km, électrifiée en 2 x 25 kV, disposant de l’ERTMS, avec des rampes de 30 ‰, coupe droit à l’est, avec point haut à la cote 998. Elle présente 18 viaducs et deux grands tunnels bitubes: San Cerro de San Pedro (8929m) et Guadarrama (28697m), ainsi qu’une gare nouvelle à Ségovie Guiomar, au Km 68. Elle est maintenant parcourue par des courses Madrid - Ségovie en 32min, des AVE S 102 directs en 56min et des Alvia avec ramesS 130de Madrid à Bilbao, Santander, Gijón, Hendaye, dont les essieux sont modifiés au cambiador Valladolid. E n outre,une branche de 21km a été mise en service le 10avril 2008 entre Olmedo et Medina del Campo; elle est utilisée par deux trains en matériel Talgo avec locomotive 252 de Madrid à La Corogne et à Pontevedra. La LAV Cordoue - Malaga Entre ces deux villes, l’artère conventionnelle peu perfor- mante ne permettait qu’un temps de parcours moyen de 2heures 25 pour 193km, avec une desserte peu fournie. RAIL PASSION HORS-SÉRIE JUIN 2011 87 Dessin S. Lucas Infographie V. Morell/Rail Passion © Otto Karikoski/Doc. Ci-contre, rame Sm 3 Pendolino. Un Pendolino finlandais arborant la nouvelle livrée verte, à Helsinki (13 septembre 2010). Une infrastructure à 300 km/h s’imposait pour désenclaver la ville de Malaga (plus de 500000 habitants), située sur la frange littorale très touristique de la Costa del Sol. Équipée de l’ERTMS, elle présente des rampes de 20 ‰. Son tracé, long de 155km, se débranche au Km 358 de la LAV Madrid - Séville. Elle comporte 11 tunnels, dont ceux d’Abdalajis (7300 m) et sous la ville de Malaga (1921m), 22 viaducs et deux gares intermédiaires – Puente Genil Herrera (alt. 278), Antequera Santa Ana (alt. 401) – et un terminus nouveau à Malaga Maria Zambrano. Le tronçon Cordoue - Antequera a été mis en service le 16décembre 2006 et la totalité du parcours, le 23décem- bre 2007. Depuis, 15 fréquences Madrid – Malaga, assurées avec rames AVE S 102, 103, abattent au mieux les 513km en 2 heures 35, Cordoue - Malaga demandant 56 min. En sus, des liaisons Madrid - Grenade et Algésiras avec rames Talgo et machines 252 circulent jusqu’à Antequera, avec passage au cambadior pour changement d’écartement des essieux. La LAV Madrid - Valence Jusqu’ici, les liaisons entre la capitale et Valence, ville de quelque 740000 habitants sur la façade méditerranéenne, passaient par Alcázar de San Juan et Albacete, les 491km étant couverts au mieux en 3heures 25 par des rames auto- motrices pendulaires. Cela depuis 2001, alors que le parcours à voie large au-delà d’Alcázar vers La Encina et Xàtiva (147km) avait été modernisé et partiellement autorisé à 200. La création d’une ligne nouvelle de 363km plus directe par le nord, Cuenca et Motilla del Palancar, a été à même de ramener la distance depuis Madrid à 391km. Conçue pour 350 km/h, elle s’embranche sur la LAV Madrid - Séville à Torrejón de Velasco (Km 28), quadruplée à cet effet le 25février 2010, traverse la réserve naturelle d’El Regajal, emprunte le tunnel de Cabrera (7250m) et cinq grands via- Europe PANORAMA DE LA GRANDE VITESSE EUROPÉENNE JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Infographie V. Morell/Rail Passion Le premier Allegro en service commercial au départ d’Helsinki et en direction de Saint-Pétersbourg (12 décembre 2010). attendre de une à plusieurs années du fait des restrictions budgétaires dues à la crise économique. Elles devraient néanmoins voir le jour d’ici à 2020. Il s’agit de: • la poursuite de la LAV Madrid - Levante avec les tronçons Valence - Castellón, Monforte del Cide - Murcia - Cartha- gène et Almería - Murcia; • Saragosse – Castejón de Ebro - Pampelune/Logrono; • l’« Y» basque d’Irun et de Saint-Sébastien à Bilbao et à Vitoria, et la liaison Valladolid - Burgos – Vitoria; • Venta de Banos - Palencia - Léon – Oviedo, dans les Astu- ries, avec le shunt de Pajares comportant un tunnel de 24468m; • Zamora – Orense; • Alcázar de San Juan - Jaén; • Antequera – Grenade; • Madrid - Oropesa - Plasencia - Cáceres - Mérida - Badajoz (avec prolongement éventuel sur Lisbonne); • la mise à voie normale de Séville à Cadix avec relèvement à 250 km/h, de Vandellos - Castellon et de Saragosse - Teruel. Le réseau portugais des CP Ce pays longiligne dispose d’un réseau à voie large (1,674 m), où la vitesse n’excède pas 160 km/h. De fait, les meilleures relations entre Lisbonne et Porto(337km) s’établissent à 123km/h de moyenne, avec des rames pen- dulaires. Il est connecté à celui de la Renfe par trois lignes ne connaissant que de modestes relations internationales, à savoir le Lusitiana-Talgo de Madrid à Lisbonne, le Expresso de Lisbonne à Irun/Hendaye et deux allers-retours IN de Porto à Vigo. Désireux de ne plus rester à l’écart du reste de l’Europe, Portugal a mis sur pied un important programme de lignes nouvelles à écartement standard. La plus importante concerne Lisbonne - Madrid, conçue pour 350 km/h avec temps de trajet visé en 3 heures, dont 203km jusqu’à la frontière espagnole Evoraet un viaduc de 7 km sur le Tage à Lisbonne. Si les travaux ont débuté, ils ont été récemment suspendus en raison des restrictions budgétaires que connaît le pays. Ce projet, prévu pour 2013, sera donc très largement retardé. Deux autres projets sont à l’étude: • l’un, de Porto à Lisbonne à 300 km/h, avec gares nouvelles à Leira, à Coimbra et à Aveiro; • l’autre, de Porto à Vigo à 250 km/h, avec gare nouvelle à Braga. Le réseau polonais des PKP Par manque de matériel qualifié pour circuler à 200 km/h, l’artère magistrale Varsovie - Cracovie(297km) ne peut être parcourue au mieux qu’en 2 heures 40, à 111 km/h de moyenne. Des projets de lignes nouvelles, cumulant près de 450km et aptes à 360km/h, sont dans les cartons, afin de relier Varsovie aux grands pôles de Lodz, Wroclaw et Poznan, ainsi que Katowice et Cracovie par une fourche. Destinées à dynamiser l’économie du pays, elles pourraient être enga- gées en 2014 pour un achèvement en 2020 (voir p. 92-98) Les réseaux scandinaves Des quatre réseaux en présence, seuls les SJ, en Suède, se sont franchement engagés dans le développement de la grande vitesse. Ils tirent leur épingle du jeu avec plusieurs grandes artères partiellement aptes à 200, qui représentent un ruban de 1200km, électrifiées en 15kV et parcourues par des rames pendulaires X 2000, cas notamment de: • Stockholm à Göteborg (455km en 2heures 46) et à Malmö (597km en 4heures 15), avec tronc commun sur 36km jusqu’à Södertälje et plusieurs rectifications de tracé de part et d’autre de Linköping; • Stockholm à Gävle et Sundsvall, Luleä, Västeräs; • Göteborg à Malmö. Un lot de lignes nouvelles conçues pour 200 km/h ont été par ailleurs construites quelquefois en remplacement de tronçons anciens, notamment entre: JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE Dessin S. Lucas Photos: Stefan Nilsson Ci-dessus, des rames pendulaires X 2000 suédoises (à gauche: en gare de Copenhague). Ci-contre : rame X 2000. Europe PANORAMA DE LA GRANDE VITESSE EUROPÉENNE Europe PANORAMA DE LA GRANDE VITESSE EUROPÉENNE JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 93 Quels critères ont amené la Pologne à envisager la construction d’un réseau à grande vitesse ? La volonté de mettre en œuvre un tel programme date des années 90. Il constitue, en quelque sorte, la clé de voûte de la décision de restructurer le système ferroviaire polonais, afin de le mettre à niveau et de pleinement l’intégrer dans le réseau ferroviaire européen. Dans un rapport, le gestionnaire de l’infrastructure PKP Polskie Linie Kolejowe (PKP-PLK) ex- plique qu’en Europe le réseau polonais est le plus en retard sur le plan technologique. « Son maillage est incohérent », dénonce PKP-PLK, en se référant à l’histoire et en particulier à la partition de la Pologne durant le XIX siècle, période faste de développement tous azimuts du ferroviaire en Europe. L’exemple de Lodz, ville aujourd’hui au cœur des projets grande vitesse, est éloquent: deux gares, deux sys- tèmes de transport mal coordonnés, s’expliquant par la présence passée de deux écartements de voie (le 1520mm russe et le 1435mm du standard européen). Précisons, en outre, que la densité du réseau (64km de lignes pour 100 m²) est la plus faible des pays d’Europe centrale, ce qui se traduit par de piètres temps de parcours. PKP-PLK conclut alors que la construction d’un réseau à grande vitesse permettra d’améliorer significativement la cohésion du pays et la coopération économique entre les régions. Toutefois, pour répondre à cet objectif, la grande vitesse est-elle incontournable ? L’amélioration du réseau existant n’est-elle pas suffisante ? Le gestionnaire de l’infrastructure relève que la Pologne est un pays trop grand pour relier les centres économiques entre eux simplement par des lignes modernisées à 160 km/h, par exemple, ni même par des au- toroutes d’ailleurs. S’il existe un pays, en Europe, taillé sur mesure pour la grande vitesse, c’est la Pologne. Le pays est suffisamment étendu et les distances, entre les principales villes, importantes pour rendre la grande vitesse attrayante. En outre, à l’exception de la zone transfrontalière avec la République tchèque et la Slovaquie (massif montagneux des Sudètes), le territoire ne présente pas de difficultés topo- graphiques majeures. La construction de lignes nouvelles à grande vitesse est alors envisagée là où la modernisation des axes classiques n’apporterait pas de résultats probants en matière de compétitivité du rail par rapport aux autres modes. À noter que, afin de réduire les temps de parcours sur certaines lignes, le coût des travaux nécessaires requerrait parfois la mobilisation de sommes trop élevées comparées à la construction d’une ligne nouvelle. Parallèlement à ces projets, un programme de modernisa- tion des lignes principales du Réseau de transport transeu- ropéen (RTE-T), dont la vitesse maximale est généralement portée à 160 km/h, est mené. Lorsque le rapport coût/béné- fice est défavorable, seuls des travaux de régénération, selon les standards en vigueur, sont réalisés. Aujourd’hui, 80 % du réseau (19 336 km de lignes ou 37 356 km de voies) permet de circuler à des vitesses inférieures ou égales à 120 km/h. Seuls 5,6 % des lignes autorisent de rouler à 160 km/h. L’ensemble des investissements ferroviaires, qu’il s’agisse de programmes de construction, de modernisation ou de régénération, sont financés par plusieurs sources, parmi lesquelles: le Fonds de cohésion de l’Union euro- péenne, le Fonds européen de développement régional (Feder), le Programme opérationnel infrastructures et environ- nement (dans le cadre de l’objectif « Convergence », cofi- nancé par le Fonds de cohésion et le Feder), l’État polonais, les propres ressources financières de PKP-PLK et le recours à divers montages comme le partenariat public-privé (PPP). En ce qui concerne la grande vitesse, la stratégie en ma- tière d’infrastructures à grande vitesse est définie par le décret n° 276/2008 du 19 décembre 2008 et s’inscrit dans le schéma directeur 2030 des Chemins de fer d’État (PKP). En tant que gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire, PKP- PLK mène à bien ces projets. En juillet 2010, PKP-PLK a créé l’entité Centrum Kolei Duzych Predkosci, dont la tâche est de gérer les projets de construction de lignes à grande vitesse dans le pays. PKP-PLK travaille sur une première vague de projets, dont l’échéance est fixée à 2020, ainsi que sur un réseau étendu, pour l’horizon 2040. La ligne Cen- tralna Magistrala Kolejowa (CMK), que certains experts qualifient de « première ligne à grande vitesse d’Europe », fait partie intégrante du programme. Elle permet des des- sertes rapides entre Varsovie, Katowice et Cracovie. L’objec- tif est de moderniser, par étapes, cette ligne trentenaire en faisant évoluer ses caractéristiques vers les standards des lignes à grande vitesse actuelles. Ce projet inclut également son prolongement possible vers la frontière sud du pays (une étude de faisabilité est en cours). Le second volet de ce programme, à échéance 2020, concerne la construction d’une ligne nouvelle Varsovie - Lodz - Wroclaw/Poznan, connectée à la CMK. Sur cette période, autour de ce premier réseau à grande vitesse, la modernisation de certaines Un express pour Gliwice à Katowice Szopienice mené par une EP 05 Skoda, un matériel tchécoslovaque apte à 160km/h (19 mai 2005). Photos R. Rusak SK JUIN 2011 RAIL PASSION HORS-SÉRIE 95 L’EP 08.013 sur le TLK 4116 « Kordecki » à Wegrzynow Stary (6 mai 2008). dépassent guère 160 km/h. Les projets prévoyaient initiale- ment de rouler à 250 km/h dès les années 80, en canton- nant la circulation des convois de marchandises la nuit. Cependant, ce n’est qu’en 1990 que la voie a été mise à niveau pour l’autoriser à 200 km/h, mais seulement sur une courte section de son extrémité nord. Le 11 mai 1994, une rame de type Pendolino (Alstom) a battu le record polonais en atteignant 250,1 km/h. Aujourd’hui, la ligne fait partie des corridors paneuropéens et, à ce titre, reçoit des aides pour en assurer la modernisa- tion. C’est ainsi qu’elle est actuellement en train d’être équipée du système de sécurité et de signalisation ERTMS (European Railways Traffic Management System) de niveau 1. La réception de ce nouveau système, déployé par Thales Rail Signalling Solutions (contrat d’environ 13 millions d’euros), est attendue avant la fin de l’année. En 2011, la vitesse limite de la ligne sera alors portée de 160 km/h à 200 km/h afin de permettre aux trains d’essai de tester le système de signalisation. L’introduction des premiers trains commerciaux à cette vitesse n’interviendrait pas avant 2012. Les travaux de modernisation ont été réalisés sur la partie nord de l’infrastructure (75 km entre Grodzisk Mazo- wiecki et Idzkowice) et la partie sud (90 km entre Olszamo- wice et Zawiercie). Sur la section restante, quelques passages à niveau doivent encore être supprimés. Des réductions de vitesse à 160 km/h demeurent toujours. À terme, le 200 km/h permettra de gagner 30 min sur le parcours Varsovie - Cracovie/Katowice. La modernisation de cette ligne pour le 230 km/h est prévue pour 2014. En ou- tre, une étude de faisabilité est en cours afin de déterminer s’il serait pertinent de convertir l’alimentation électrique actuelle en 3 kV continu au standard 25 kV 50 Hz afin d’en- visager des circulations à 300 km/h. Le prolongement de la ligne CMK ou la modernisation des voies existantes vers Katowice (et au-delà vers les frontières polono-tchèque et polono-slovaque) et vers Cracovie sont étudiés. Les projets initiaux de prolonger la ligne CMK vers le nord (Gdansk et Gdynia) sont toujours d’actualité. En mars 2010, le ministère polonais du Développement régional a Caractéristiques de la ligne nouvelle Varsovie - Lodz - Wroclaw/Poznan Longueur de la ligne : environ 450 km Vitesse maximale : 350 km/h Électrification : 2 x 25 kV 50 Hz Normes techniques : en conformité avec les spécifications techniques d’interopérabilité (STI) grande vitesse Temps de parcours : • Varsovie - Lodz : 35 min (actuellement environ 1 heure 30) • Varsovie - Poznan : 1 heure 35 (actuellement environ 3 heures) • Varsovie - Wroclaw : 1 heure 40 (actuellement environ 5 heures) • Poznan - Wroclaw : 55 min (actuellement environ 2 heures 40) • Varsovie - Opole : 2 heures 20 (actuellement environ 4 heures 30) Caractéristiques de la ligne modernisée Varsovie - Katowice/Cracovie (CMK) - Frontière sud Longueur de la ligne : environ 440 km Vitesse maximale : jusqu’à 300 km/h électrification : 2 x 25 kV 50 Hz Normes techniques : en conformité avec les spécifications techniques d’interopérabilité (STI) grande vitesse Temps de parcours : • Varsovie - Katowice : 1 heure 15 (actuellement environ 2 heures 25) • Varsovie - Cracovie : 1 heure 15 (actuellement environ 2 heures 35) • Lodz - Cracovie : 1 heure 25 (actuellement environ 3 heures) • Poznan - Cracovie : 2 heures 25 (actuellement environ 7 heures)
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